Les Zones Économiques Spéciales : un outil taillé pour le libre-échange au Burundi ?

L’adhésion du Burundi à la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine, ouvre un horizon de possibilités. Pour transformer cet accord de libre-échange en moteur de croissance inclusive au Burundi, notre collègue Loxane Faxcella Nzohabonayo mise sur les Zones Économiques Spéciales (ZES) comme levier stratégique, et déconstruit les mythes autour de ce concept pour catalyser l’intégration économique du Burundi.

Une Zone Économique Spéciale est une enclave géographique délimitée au sein d’un pays, bénéficiant d’un régime administratif, fiscal et douanier distinct et avantageux. Les pays en créant des ZES, ont pour but d’attirer les capitaux et investissements directs étrangers, stimuler les exportations, créer des emplois et diffuser des technologies et savoir-faire, espérant ainsi voir les incitations offertes générer une croissance économique à long terme et des retombées locales.

Dans le cadre du libre-échange, la pertinence des ZES est double. D’abord, elles agissent comme un « sas de compétitivité », permettant à une économie en développement comme celle du Burundi d’offrir un environnement immédiatement attractif et compétitif face à des voisins parfois plus avancés. Ensuite, elles permettent une spécialisation intelligente qui vise à concentrer des ressources limitées sur des secteurs à fort potentiel exportateur (agro-transformation, textiles, services logistiques, technologies légères) et créer des clusters industriels intégrés aux chaînes de valeur régionales.

Déconstruisons les mythes

Avec la ZES de Warubondo, le concept de ZES est accueilli avec méfiance au Burundi, entouré de mythes qu’il faut dissiper. Non, une ZES ne fonctionne pas en vase clos et n’est pas une « enclave néocoloniale » coupée du reste de l’économie. Au contraire, sa conception fait inclure des mécanismes de liaison maximale avec le tissu économique local (sous-traitance, transformation de matières premières locales), et créer des liens solides avec l’économie nationale (chaînes de valeur, fournisseurs locaux) et bénéficier d’un cadre réglementaire favorable, notamment avec la ZLECAF.

Elle n’est pas non plus une simple « perte de recettes fiscales ». Les exonérations temporaires sont un investissement. Elles visent à générer, à moyen terme, une activité économique bien plus grande, source d’impôts sur les salaires, de TVA et de diversification économique. Pour le mythe qu’elle génère des tensions sociales via des expropriations de terres sans retombées suffisantes pour les communautés locales, ces tensions sociales parfois évoquées ne sont pas inhérentes aux ZES, mais résultent principalement de faiblesses dans la gouvernance foncière et de l’absence de mécanismes clairs de concertation et de compensation. Lorsqu’elles sont conçues de manière transparente, avec des retombées locales mesurables et un suivi rigoureux des résultats, les ZES peuvent ainsi devenir des outils de développement territorial plutôt que des enclaves économiques.

Les piliers du succès

Partant de la ZES de Warubondo, la réalité témoigne que le succès n’est pas garanti par un simple décret. Plusieurs conditions doivent être impérativement réunies. La première est la connectivité physique. Une ZES sans un accès fiable et peu coûteux aux ports de Dar-es-Salaam ou de Mombasa via des corridors routiers et ferroviaires efficaces est vouée à l’échec. La seconde condition est la stabilité et la clarté du cadre juridique. Les investisseurs ont besoin de certitudes sur le long terme, d’une justice indépendante pour régler les litiges et d’une administration « guichet unique » efficace, éliminant la bureaucratie paralysante. Troisièmement, la formation d’une main-d’œuvre adaptée est cruciale. Des partenariats entre l’État, les opérateurs de la ZES et les centres de formation professionnelle doivent être établis en amont. C’est sans oublier qu’une gouvernance irréprochable, transparente et redevable, est le ciment de tout le dispositif pour éviter les dérives, et assurer une gestion au bénéfice de l’intérêt national.

Un outil pour le libre-échange

Les Zones Économiques Spéciales ne sont pas un simple concept théorique, mais un outil puissant dans une boîte à outils de développement plus large. Pour le Burundi, les avantages concrets seraient multiples. Au-delà des emplois directs et qualifiés, les ZES pourraient dynamiser les exportations, améliorant ainsi la balance commerciale. Elles seraient un aimant pour les capitaux et technologies étrangers, tout en offrant un débouché structuré aux produits agricoles locaux, créant ainsi un lien vertueux avec le monde rural, et renforçant l’intégration du Burundi au sein d’une Afrique en marche vers le libre-échange.