Le Burundi à la tête de l’Union Africaine: comment faire d’une tribune diplomatique un levier de transformation économique ?
Le libre-échange au Burundi, une voie audacieuse vers la prospérité
Au-delà des différends : comment le Burundi peut tirer parti du Mécanisme de Règlement des Différends de la ZLECAf ?
Les Zones Économiques Spéciales : un outil taillé pour le libre-échange au Burundi ?

L’adhésion du Burundi à la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine, ouvre un horizon de possibilités. Pour transformer cet accord de libre-échange en moteur de croissance inclusive au Burundi, notre collègue Loxane Faxcella Nzohabonayo mise sur les Zones Économiques Spéciales (ZES) comme levier stratégique, et déconstruit les mythes autour de ce concept pour catalyser l’intégration économique du Burundi. Une Zone Économique Spéciale est une enclave géographique délimitée au sein d’un pays, bénéficiant d’un régime administratif, fiscal et douanier distinct et avantageux. Les pays en créant des ZES, ont pour but d’attirer les capitaux et investissements directs étrangers, stimuler les exportations, créer des emplois et diffuser des technologies et savoir-faire, espérant ainsi voir les incitations offertes générer une croissance économique à long terme et des retombées locales. Dans le cadre du libre-échange, la pertinence des ZES est double. D’abord, elles agissent comme un « sas de compétitivité », permettant à une économie en développement comme celle du Burundi d’offrir un environnement immédiatement attractif et compétitif face à des voisins parfois plus avancés. Ensuite, elles permettent une spécialisation intelligente qui vise à concentrer des ressources limitées sur des secteurs à fort potentiel exportateur (agro-transformation, textiles, services logistiques, technologies légères) et créer des clusters industriels intégrés aux chaînes de valeur régionales. Déconstruisons les mythes Avec la ZES de Warubondo, le concept de ZES est accueilli avec méfiance au Burundi, entouré de mythes qu’il faut dissiper. Non, une ZES ne fonctionne pas en vase clos et n’est pas une « enclave néocoloniale » coupée du reste de l’économie. Au contraire, sa conception fait inclure des mécanismes de liaison maximale avec le tissu économique local (sous-traitance, transformation de matières premières locales), et créer des liens solides avec l’économie nationale (chaînes de valeur, fournisseurs locaux) et bénéficier d’un cadre réglementaire favorable, notamment avec la ZLECAF. Elle n’est pas non plus une simple « perte de recettes fiscales ». Les exonérations temporaires sont un investissement. Elles visent à générer, à moyen terme, une activité économique bien plus grande, source d’impôts sur les salaires, de TVA et de diversification économique. Pour le mythe qu’elle génère des tensions sociales via des expropriations de terres sans retombées suffisantes pour les communautés locales, ces tensions sociales parfois évoquées ne sont pas inhérentes aux ZES, mais résultent principalement de faiblesses dans la gouvernance foncière et de l’absence de mécanismes clairs de concertation et de compensation. Lorsqu’elles sont conçues de manière transparente, avec des retombées locales mesurables et un suivi rigoureux des résultats, les ZES peuvent ainsi devenir des outils de développement territorial plutôt que des enclaves économiques. Les piliers du succès Partant de la ZES de Warubondo, la réalité témoigne que le succès n’est pas garanti par un simple décret. Plusieurs conditions doivent être impérativement réunies. La première est la connectivité physique. Une ZES sans un accès fiable et peu coûteux aux ports de Dar-es-Salaam ou de Mombasa via des corridors routiers et ferroviaires efficaces est vouée à l’échec. La seconde condition est la stabilité et la clarté du cadre juridique. Les investisseurs ont besoin de certitudes sur le long terme, d’une justice indépendante pour régler les litiges et d’une administration « guichet unique » efficace, éliminant la bureaucratie paralysante. Troisièmement, la formation d’une main-d’œuvre adaptée est cruciale. Des partenariats entre l’État, les opérateurs de la ZES et les centres de formation professionnelle doivent être établis en amont. C’est sans oublier qu’une gouvernance irréprochable, transparente et redevable, est le ciment de tout le dispositif pour éviter les dérives, et assurer une gestion au bénéfice de l’intérêt national. Un outil pour le libre-échange Les Zones Économiques Spéciales ne sont pas un simple concept théorique, mais un outil puissant dans une boîte à outils de développement plus large. Pour le Burundi, les avantages concrets seraient multiples. Au-delà des emplois directs et qualifiés, les ZES pourraient dynamiser les exportations, améliorant ainsi la balance commerciale. Elles seraient un aimant pour les capitaux et technologies étrangers, tout en offrant un débouché structuré aux produits agricoles locaux, créant ainsi un lien vertueux avec le monde rural, et renforçant l’intégration du Burundi au sein d’une Afrique en marche vers le libre-échange.
Sur la voie tracée par le Burundi Economic Summit 2025, le Burundi adhère au PAPSS

Un mois après le Burundi Economic Summit (BES) de 2025, une recommandation phare du sommet prend forme. Le Burundi adhère officiellement au Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS), la plateforme de paiement et de règlement instantané de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF). Notre collègue Janvier Cishahayo fait le point. L’annonce est officielle depuis le 28 octobre 2025. La Banque centrale du Burundi a rejoint ainsi les 18 autres nations africaines, et fait du Burundi le 19ème État membre du PAPSS. Elle concrétise, sept ans après la signature de l’accord de la ZLECAF, un engagement historique, qui simplifiera les paiements transfrontaliers pour les citoyens et les entreprises burundaises. Cela va accroître le commerce et le libre-échange entre le Burundi et le reste de l’Afrique et vice-versa, sans oublier la facilitation de la convertibilité du franc burundais en d’autres monnaies africaines, entraînant ainsi la réduction de la dépendance historique aux devises étrangères. Le BES comme catalyseur Le Burundi Economic Summit du 16 septembre 2025, organisé dans le cadre de la Freedom Week 2025, a joué un rôle clé. Les participants à ce sommet avaient identifié deux priorités lors des recommandations. Une diplomatie économique proactive et l’harmonisation des textes avec la ZLECAF pour ainsi s’inspirer des pays enclavés ayant réussi leur intégration économique en adoptant le PAPSS. Ainsi, l’adoption du PAPSS figurait parmi les recommandations phares de ce sommet économique, placé sous le thème « La ZLECAF, levier de l’émergence au Burundi ». Les participants ont été unanimes en affirmant que « le destin de notre pays est entre nos mains, et nous avons le devoir de faire du PAPSS un instrument qui libère notre pays. Ainsi, accélérer la mise en œuvre du PAPSS est donc une obligation historique qui nous incombe ». Les discussions et recommandations ont fait comprendre aux décideurs et législateurs présents, l’avantage du PAPSS en tant qu’opportunité unique pour transformer notre économie, renforcer l’agriculture et dynamiser le secteur privé. Moins de six semaines plus tard, le pays passe à l’action. Une adhésion qui prouve que les recommandations du BES portent déjà leurs fruits. Les bénéfices sont tangibles Pour un pays enclavé comme le Burundi, le PAPSS changera la donne. Le système permettra des transactions en monnaies locales africaines. Il élimine les intermédiaires coûteux. Les avantages sont immédiats via la réduction drastique des coûts et des délais de transaction, la fluidification des échanges commerciaux et la meilleure intégration dans les chaînes de valeur continentales. C’est un levier puissant qui va transformer la position géographique du Burundi en atout logistique. L’adhésion étant une première étape, la pleine opérationnalité nécessite maintenant des actions concrètes. Le Burundi doit moderniser son infrastructure financière et numérique. La digitalisation des paiements et l’interconnexion des banques sont urgentes. La formation des acteurs bancaires et l’adoption de normes techniques compatibles avec le PAPSS sont essentielles. La coordination institutionnelle sera cruciale. La Banque centrale, les banques commerciales, les fintechs et le Comité national ZLECAF doivent travailler en synergie. Un cadre juridique clair pour les transactions électroniques transfrontalières doit voir le jour. La sensibilisation et l’incitation du secteur privé restent prioritaires, sans oublier d’accélérer la diplomatie économique auprès du Secrétariat ZLECAF et d’Afreximbank. Une nouvelle ère économique Le retard accumulé ces dernières années illustrait un décalage préoccupant entre la volonté politique affichée et la mise en œuvre concrète. L’adhésion du Burundi au PAPSS marque la fin de cette inertie. Elle n’est pas qu’une réforme technique, c’est un acte de souveraineté économique qui inscrit le pays dans la dynamique d’une Afrique interconnectée, libre de ses échanges et maître de ses paiements. Aujourd’hui, grâce au BES et à cette décision historique, le Burundi passe enfin à l’action.
Le Burundi et les guerres tarifaires : comment bâtir la liberté économique dans un monde protectionniste?

La résurgence des guerres tarifaires, marquée par une flambée des barrières commerciales et la rivalité des blocs économiques, constitue une menace directe pour les économies les plus vulnérables comme celle du Burundi. Face à ce constat, notre collègue Franck Arnaud Ndorukwigira fait ressortir les leviers d’action du libre-échange permettant au pays de maintenir son accès aux marchés internationaux tout en traçant une voie vers un développement résilient et durable. Le Burundi évolue dans un environnement international préoccupant. Alors que l’inflation mondiale diminue (passant de 6,8 % en 2023 à 4,5 % en 2025) et que la croissance stagne à un niveau historiquement bas (3,1 %), la fragmentation géoéconomique s’accélère. La prolifération des mesures protectionnistes (près de 3 000 nouvelles barrières commerciales en 2023, soit trois fois plus qu’en 2019) sape les fondements d’un système libéral qui a sorti 1,5 milliard de personnes de la pauvreté au cours des dernières décennies. Pour le Burundi, cette conjoncture exacerbe une double vulnérabilité. D’une part, l’économie reste étroitement dépendante des cours des matières premières, avec une diversification encore limitée. D’autre part, la pression sur les finances publiques s’accentue, comme en témoigne l’augmentation de 8,3 % de la dette publique entre juin 2023 et juin 2024, atteignant plus de 6 180 milliards de BIF. Cette contrainte budgétaire sévère limite drastiquement la marge de manœuvre pour l’investissement et les politiques sociales. Impacts et vulnérabilités Les effets de cette fragmentation sont déjà palpables. Le commerce burundais a reculé d’environ 10 % en 2024, en raison des perturbations des chaînes d’approvisionnement et de la montée du protectionnisme mondial. Une tendance que les nouvelles majorations tarifaires annoncées par l’administration américaine en avril 2025, devraient aggraver ce déclin pour le Burundi. Selon le FMI, de telles hausses pourraient réduire le PIB de la région subsaharienne de 0,2 à 0,4 points de pourcentage d’ici 2027 via la baisse des exportations et la hausse des coûts des intrants. En tant qu’importateur net de produits de base, le Burundi est particulièrement exposé à cette contraction et à la volatilité des prix mondiaux. Parallèlement, les investissements directs étrangers ont fléchi, s’élevant à environ 13 millions de dollars en 2023, en baisse de 3,5 % par rapport à 2014, reflétant une perception du risque accrue et un désengagement du secteur extractif. Avec cette dynamique, le Burundi est noté « spéculatif » par les agences de crédit, ce qui renchérit significativement leurs coûts d’emprunt internationaux et isole un peu plus le pays. Ces barrières commerciales réduisent immédiatement les recettes d’exportation, et la hausse des taux d’intérêt internationaux freine l’investissement productif, sans oublier les chocs sur les prix alimentaires qui creusent les déficits fiscaux et l’instabilité sociale. Le risque est que les multinationales détournent leurs chaînes de valeur et les technologies clé nécessaires à la diversification, condamnant l’économie burundaise à la stagnation. Ainsi, une question se pose. Comment l’économie burundaise peut-elle maintenir son accès aux marchés internationaux tout en favorisant une approche libérale dans ce contexte protectionniste ? Une feuille de route à deux piliers Pour naviguer dans ce paysage géoéconomique troublé, le Burundi devrait adopter une stratégie offensive articulée autour de deux priorités libérales, pour transformer la défensive en offensive. D’un, il faut faire de la Zlecaf un levier de transformation radicale pour réduire la vulnérabilité aux chocs externes. L’intégration continentale n’est pas une option, mais une nécessité stratégique. Pour y parvenir, le Burundi doit plaider activement et s’impliquer dans l’harmonisation des normes techniques et sanitaires, la fluidification des corridors de transport et la simplification drastique des procédures frontalières. De deux, il faut une base financière domestique robuste. La dépendance à un financement extérieur coûteux et volatile est un piège. La priorité doit être d’améliorer fondamentalement la gouvernance économique, la transparence et la stabilité macroéconomique pour attirer des investissements directs étrangers productifs, dans des secteurs à haute valeur ajoutée. Concomitamment, une mobilisation ambitieuse de l’épargne locale via des marchés financiers nationaux plus profonds est vitale. Cela passe par l’approfondissement des marchés financiers domestiques, le développement d’un marché obligataire en franc burundais pour financer les infrastructures à long terme réduisant l’exposition au risque de change, sans oublier la promotion de l’inclusion financière. In fine, pour faire passer le Burundi du statut de spectateur vulnérable des fragmentations mondiales à celui d’acteur intégré d’un marché africain dynamique, le pays doit accélérer la ratification et l’implémentation des protocoles industriels de la Zlecaf ; opter pour une spécialisation compétitive, intégrée aux chaînes de valeur régionales, au lieu de vouloir industrialiser tous les secteurs en même temps ; sans oublier d’accélérer la transition numérique pour réduire les coûts et l’isolement.
Le marché libre, remède oublié au Burundi ?

Au Burundi, le concept de marché libre, est perçu avec défiance, souvent assimilée à une imposition étrangère ou à un stratagème capitaliste aggravant les inégalités. Alors que ces mythes sont autant de préjugés qui font obstacle à la libéralisation économique du Burundi, notre collègue Franck Arnaud Ndorukwigira lève le voile sur ces idées reçues, pour ouvrir la voie à plus de liberté économique au Burundi. Le marché se définit comme un centre ou une zone dans laquelle les forces conduisant à l’échange du titre de propriété d’un produit particulier opèrent, et vers laquelle les biens réels tendent à circuler. Lorsqu’il est libre, concurrentiel et inclusif, ce mécanisme se transforme en un puissant levier d’autonomisation, d’innovation, de productivité et de mobilité sociale. Pour saisir la capacité transformatrice de l’économie de marché, le Burundi comme d’autres pays d’Afrique, n’ont nul besoin de chercher des modèles lointains. Leurs histoires en regorgent. Bien avant la colonisation, ses sociétés fonctionnaient déjà selon une logique profondément orientée vers le marché. Prenons l’exemple du commerce transsaharien, qui, durant des siècles, a relié l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique du Nord et au bassin méditerranéen, facilitant l’échange de l’or, du sel, de l’ivoire, des textiles et des idées sur des milliers de kilomètres. Des cités comme Tombouctou, Kano et Gao se sont épanouies en tant que centres commerciaux majeurs, alimentés par des réseaux de commerçants, de caravanes et de marché. De même, la côte swahilie connectait l’Afrique de l’Est à l’Arabie et l’Inde grâce à un commerce maritime dynamique. Loin des modèles communistes ou des monopoles centralisés, ces sociétés africaines avaient développé des économies décentralisées où les initiatives entrepreneuriales étaient régies par les mécanismes de l’offre, de la demande et de la concurrence. Même si un « communalisme » structurait une partie de la vie sociale, l’économie de marché libre était au cœur de leurs activités économiques, où le surplus économique, la recherche du profit, la richesse privée et la spécialisation du marché prospéraient aux côtés d’une responsabilité sociale collective. Une preuve qu’en voulant rejeter une économie de marché perçue comme « importée », le Burundi a tourné le dos à la tradition commerciale la plus authentiquement africaine, celle de marchés dynamiques, de réseaux d’échange régionaux et d’une culture séculaire de production et de commerce. Le marché libre comme accélérateur de prospérité L’expérience de plusieurs nations démontre avec force le rôle incomparable du marché libre dans la lutte contre la pauvreté. Prenons l’exemple de la Chine. Après des décennies d’économie étatisée, son tournant libéral, engagé en 1978, a fondamentalement transformé le pays. En introduisant progressivement l’entreprise privée, les investissements étrangers et la liberté des prix, elle a extrait plus de 800 millions de personnes de la pauvreté en l’espace de quarante ans. Le Vietnam a emprunté un chemin comparable avec ses réformes du Đổi Mới en 1986. Sa transition d’une économie planifiée stagnante vers l’une des croissances les plus vigoureuses d’Asie a entraîné une chute spectaculaire de la pauvreté, qui est passée de plus de 70 % dans les années 1980 à moins de 6 % aujourd’hui. Son revenu par habitant a été multiplié par plus de six depuis le début des réformes, passant de moins de 700 dollars en 1986 à près de 4 500 dollars en 2023 selon la Banque mondiale. Leçons à tirer La conclusion qui s’impose est subtile. Une économie de marché libre n’implique pas la disparition de l’État, mais sa transformation. Son rôle évolue du contrôle de l’économie à la création d’un environnement permettant aux marchés de prospérer en assurant la transparence, en protégeant la concurrence et en permettant une croissance durable qui mène à un emploi plus élevé et au développement économique. Quant ’aux critiques qui affirment souvent que les marchés libres alimentent les inégalités, invitent à l’exploitation étrangère et érodent les valeurs culturelles, ils négligent deux réalités fondamentales. D’une part, l’économie étatisée a montré ses limites au Burundi et ailleurs, peinant à produire une prospérité généralisée. Qu’il s’agisse des expériences socialistes du passé ou des entreprises parapubliques déficitaires actuelles, le constat est que l’économie planifiée tend à concentrer les richesses et l’influence entre les mains des élites politiques et non des pauvres. D’autre part, les inégalités ne sont pas une caractéristique inévitable des marchés libres, mais bien le résultat de politiques faibles ou mal conçues. L’exemple de pays comme Singapour prouve qu’une ouverture économique astucieusement conjuguée à des politiques sociales robustes peut favoriser à la fois le dynamisme économique et l’équité sociale. La véritable tâche n’est pas de rejeter l’économie de marché, mais de favoriser une concurrence authentique qui réduit les coûts et stimule l’innovation, de réprimer les pratiques monopolistiques qui étouffent les opportunités, et de protéger les groupes vulnérables par des filets de sécurité sociale ciblés et des mesures de redistribution. Bien menée, la récompense va au-delà de la seule croissance économique, et va se traduire par une création d’emplois durable, une restauration de la dignité par le travail, et l’émergence d’une société fondée sur l’autonomie plutôt que sur l’assistance, faisant passer le Burundi d’un cycle de pauvreté à une voie de prospérité généralisée.
Burundi : repenser la frontière, catalyseur du libre-échange

Dans l’économie globalisée, la frontière n’est plus une simple démarcation géographique. Elle endosse un rôle stratégique décisif, capable aussi bien de dynamiser que d’entraver les flux commerciaux. Loin d’être une barrière à abattre, comment pourrait-elle se muer en un levier de croissance et de coopération ? C’est l’idée que notre collègue Loxane Faxcella Nzohabonayo défend, en montrant comment repenser la frontière, non pas comme un obstacle, mais comme une porte ouverte à l’échange économique. Au Burundi, la frontière incarne une dualité économique. Elle est à la fois un levier de croissance et un goulot d’étranglement. D’un côté, elle ouvre le pays aux importations nécessaires, et lui permet d’accéder à des régimes de commerce simplifiés et à des marchés régionaux et internationaux. De l’autre côté, elle fonctionne comme un outil de contrôle, où droits de douane, réglementations et procédures administratives complexes entravent la fluidité des échanges. Cette tension est le fruit d’une volonté légitime de protéger les industries et l’agriculture locales, qui se traduit souvent par des réflexes protectionnistes. « Effets de frontière » délétères En tant qu’obstacle, la frontière génère des « effets de frontière », un phénomène qui se traduit par une réduction drastique du volume des échanges entre des régions voisines, mais séparées par une ligne nationale, comparé aux flux qui s’observent à l’intérieur d’un même pays. Lorsqu’elle se fait barrière, ces mesures protectionnistes, conçues pour défendre les producteurs locaux, produisent souvent des conséquences inverses à celles escomptées. Non seulement, elles renchérissent le coût de la vie pour les consommateurs, les taxes douanières étant répercutées sur les prix finaux, mais elles entravent aussi le commerce régional en alourdissant les délais et en sapant la compétitivité. Pire encore, elles alimentent le marché informel, car une partie des acteurs économiques, pour éviter la lourdeur administrative et fiscale, contourne simplement les postes-frontières. Cette dynamique prive l’État de précieuses recettes et affaiblit durablement le tissu de l’économie formelle. Frontières ouvertes, économies renforcées Sur le continent africain, des initiatives concrètes démontrent avec éclat comment l’ouverture et la modernisation des frontières peuvent servir de puissants leviers de prospérité partagée. L’exemple kényan est, à cet égard, éloquent. La mise en place de postes-frontière à guichet unique (OSBP) à Busia et Namanga y a réduit de 62 % le temps de passage des camions, générant d’importantes économies pour les transporteurs. Selon une étude, cette efficacité retrouvée a eu un impact social direct avec 61 % des ménages riverains qui ont vu leurs revenus augmenter et 87 % qui en perçoivent les retombées positives. Plus spectaculaire encore, les recettes douanières à Busia sont passées de 400 millions de shillings en 2018 à 4 milliards en 2021, signe d’une nette formalisation et d’une dynamique accrue des échanges. Cette tendance se confirme au Malawi, où les OSBP de Dedza et Mchinji ont permis de comprimer le temps de dédouanement, le faisant passer de plus d’une journée à moins d’une demi-journée, grâce à une centralisation des services et une coopération renforcée entre les agences. Ces succès tracent une voie claire qu’une gestion coordonnée et modernisée des frontières, alliant simplification des procédures, digitalisation et infrastructures adaptées, n’est pas un idéal lointain. C’est une stratégie éprouvée pour réduire les coûts logistiques, stimuler le commerce formel et, ultimement, renforcer durablement les revenus des communautés locales et des États. Repensons notre frontière À l’heure du libre-échange, il ne s’agit plus de voir la frontière comme une barrière à abattre, mais comme un levier à aménager. Cela signifie passer de frontières perçues comme des barrières infranchissables à des outils permettant la circulation des biens et capitaux, tout en préservant la souveraineté nationale et en maîtrisant ses effets indésirables. Concrètement, cela suppose une refonte profonde de la politique commerciale, l’adoption d’un cadre juridique et réglementaire adapté, et la création de mécanismes de redistribution visant à protéger les acteurs les plus fragiles contre les risques d’inégalités et de chômage
Le Burundi, la ZLECAF et le défi des devises : le PAPSS à la rescousse
Localisme et libre-échange : des faux jumeaux

Au Burundi, l’incitation à consommer local est en vogue. Cette approche économique, connue sous le nom de « locavorisme » ou « localisme », vise à soutenir l’économie nationale en privilégiant la production et la consommation locales. Pour notre collègue Franck Arnaud Ndorukwigira, cette stratégie, souvent perçue comme bénéfique, constitue une fausse bonne idée. Explication. Imaginons une productrice burundaise typique qui vend de l’huile de palme à Rumonge. Bien qu’elle ait de petits contrats de vente à Kigoma en Tanzanie, et à Kalemie en RDC, elle écoule une grande partie de sa production dans toute la province de Rumonge, mais peine à joindre les deux bouts. Les autorités locales veulent l’aider, et décident de promouvoir les producteurs locaux en encourageant la consommation locale. La productrice se réjouit de cette initiative, qui lui permet d’augmenter ses ventes sur le marché burundais. Pour l’administration, cette mesure stimule l’économie locale, car la productrice génère davantage de revenus, paie plus d’impôts et pourrait même étendre ses activités en embauchant plus de travailleurs. Cependant, lorsque la ville voisine de Kigoma adopte la même politique en instaurant des barrières non tarifaires pour favoriser ses propres producteurs, la productrice perd 6 % de ses ventes à Kigoma. La situation s’aggrave lorsque les autorités locales à Kalemie en RDC, suit cet exemple. Les contrats se tarissent progressivement, et l’enthousiasme initial de la productrice laisse place à la déception. Les perdants du localisme Initialement, la productrice produit 10 000 litres d’huile de palme. Mais avec l’expansion des préférences locales, ses débouchés se réduisent. Si cette politique profite à certains producteurs locaux, elle les confine également à des marchés restreints, les empêchant de se développer à l’échelle régionale. À terme, chaque pays pourrait se retrouver avec de petits producteurs incapables d’atteindre une taille régionale, sauf à augmenter leurs prix. Cette fragmentation du marché engendre une inefficacité économique. Au lieu de quelques grands producteurs compétitifs capables de proposer des prix bas, une multitude de petits acteurs peu viables émerge. L’augmentation des prix qui en découle pénalise les consommateurs, qui pourraient alors se tourner vers d’autres alternatives, réduisant encore davantage la demande. Une alternative : la compétitivité Le localisme, synonyme de protectionnisme, illustre parfaitement le principe économique des effets visibles et invisibles. Le localisme entre en contradiction avec les principes du libre-échange. Si les gains locaux sont immédiats, comme la substitution des importations par des produits locaux, les pertes systémiques sont souvent ignorées. En interdisant les importations, les pays s’exposent à des représailles commerciales, ce qui entraîne une baisse des exportations et une réduction de la rentabilité des secteurs concernés. Plutôt que de promouvoir le « consommer local », une solution plus durable consiste à renforcer la compétitivité des produits « Made in Burundi » sur les marchés régionaux et internationaux. Par-là, la libre-concurrence et le respect des choix des consommateurs permettent d’offrir des produits de meilleure qualité à des prix plus attractifs. En se spécialisant dans les domaines où ils excellent et en important le reste, les pays peuvent optimiser leurs ressources et favoriser une croissance économique plus robuste, conduisant à plus de prospérité.