Inclusion financière au Burundi : et si le bitcoin était la clé ?

Au Burundi, l’accès aux services financiers demeure un privilège plutôt qu’un droit. Le taux d’exclusion bancaire, qui touche 59,4 % des adultes, représente un frein structurel à l’épargne, à l’investissement et à l’émancipation économique. Notre collègue Franck Arnaud Ndorukwigira identifie dans le blockchain et le bitcoin, une technologie encore en émergence, mais au potentiel considérable, une réponse possible à cette problématique. Au-delà d’un simple outil technologique, la blockchain incarne une opportunité de transformation structurelle. Elle ouvre la voie à une participation économique élargie, en particulier pour les populations marginalisées par le système financier traditionnel. Grâce à des solutions comme les portefeuilles numériques et l’utilisation de crypto-actifs, cette technologie donne accès à des écosystèmes financiers sans dépendre des intermédiaires bancaires classiques. Ainsi, même sans compte en banque, un Burundais pourrait détenir une identité financière numérique, effectuer des transactions à moindre coût et accéder à des services de crédit innovants. Cette accessibilité devient un levier puissant pour l’inclusion économique des populations rurales, trop souvent tenues à l’écart des circuits formels au Burundi. Illustration Les transferts transfrontaliers en sont une parfaite illustration. Grace au bitcoin et à la technologie blockchain, ils deviennent plus rapides, moins chers et d’une transparence inédite. En supprimant les intermédiaires superflus, la blockchain réduit drastiquement les coûts de transaction. Pour les ménages burundais qui dépendent de l’aide financière de leur famille à l’étranger, cette efficacité représente une bouffée d’oxygène économique significative. La diaspora burundaise, forte de plusieurs millions de personnes, pourrait ainsi envoyer des fonds au pays sans se voir prélever les frais exorbitants des canaux traditionnels, maximisant ainsi l’impact de chaque envoi. Au-delà de l’efficacité, l’architecture même de la blockchain via son registre décentralisé, distribué et infalsifiable, garantit une intégrité sans faille. Chaque transaction y est traçable et sécurisée de manière cryptographique. Dans un contexte où la confiance dans les institutions est parfois ébranlée, cette transparence immuable offre un cadre robuste pour renforcer l’intégrité des échanges et éradiquer les risques de fraude. Défis à relever Si les potentialités sont immenses, les obstacles le sont tout autant. L’adoption massive de la blockchain passe nécessairement par une éducation financière et numérique adaptée. Or, trop de Burundais méconnaissent encore le fonctionnement du bitcoin et les usages de la blockchain. Pour démocratiser son usage, ceci impose des campagnes de sensibilisation et des formations ciblées, voir même inclure des cours sur la blockchain dans les programmes académiques pour former une nouvelle génération de professionnels compétents dans cette technologie. Par ailleurs, les infrastructures technologiques et réglementaires doivent être renforcées. La création de cadres juridiques adaptés, incitatif, et la lutte contre les utilisations frauduleuses de la blockchain sont des préalables indispensables à son essor, pour protéger les utilisateurs et attirer les investisseurs. Par-là, les pouvoirs publics ont donc un rôle central à jouer, aux côtés des acteurs privés, pour construire un écosystème numérique résilient et inclusif. Vers un avenir financier plus équitable La blockchain n’est pas une fin en soi, mais un moyen au service de la vision d’une économie burundaise plus inclusive, plus transparente et plus participative. Pour y parvenir, une collaboration étroite entre le gouvernement, les institutions financières, le secteurs privé et académique s’impose. Ce partenariat public-privé peuvent aider à lever les fonds nécessaires pour le développement des infrastructures technologiques et la mise en place de cadres réglementaires appropriés. L’avenir financier du Burundi s’écrit aujourd’hui, et la blockchain pourrait bien en être le chapitre le plus audacieux. Pour l’émergence du Burundi à l’horizon 2040, la blockchain peut en être le catalyseur en bâtissant un modèle de développement économique innovant, fondé sur une inclusion financière réelle, à condition que nous en fassions un usage responsable, éclairé et tourné vers l’intérêt général. 

Le Bitcoin au Burundi : un pari pour l’avenir ?

Le Kenya, voisin du Burundi dans l’Est African Community, est sur le point d’obtenir une reconnaissance nationale du Bitcoin, au moyen d’un projet de loi. Une preuve que le Bitcoin se propage à bas bruit en Afrique, à l’exception notable du Burundi où il est encore interdit. Que devrait savoir un Burundais lambda sur le Bitcoin, et quel est son impact potentiel pour le pays ? Éclaircissement de notre collègue Franck Arnaud Ndorukwigira. Au Burundi, le Bitcoin a une position ambiguë, tant boudé par les autorités qu’adopter par la population citadine. En 2019, plus de 20 000 Burundais faisaient commerce du Bitcoin. Aujourd’hui, l’usage du bitcoin se fait clandestinement, car le 20 août 2019, la Banque Centrale du Burundi a interdit le Bitcoin ainsi que toutes les autres cryptomonnaies. La raison avancée était que le Bitcoin, en tant que monnaie numérique décentralisée, n’est ni régulé, ni contrôlé, ni garanti par une institution étatique. Toutefois, cette interdiction est en partie due à un manque d’information. Le Bitcoin est confondu avec d’autres cryptomonnaies, alors que sa proposition de valeur est bien différente et unique. Comment comprendre le Bitcoin au Burundi ? Prenons le cas d’Emelyne Sinamenye, une commerçante transfrontalière, habitant dans la commune de Gisuru, à Ruyigi. Comme le Franc Burundais est souvent dépréciée et dominée au niveau régional, cela rend difficile les paiements transfrontaliers pour Mme Emelyne. Sans agence bancaire à proximité, il est difficile à elle d’ouvrir un compte bancaire. Avec une faible couverture en réseau mobile, elle ne peut pas utiliser une application mobile Lumicash pour payer ses factures. Sans banque à proximité, elle a perdu ses économies en juin 2023 lors de la démonétisation. Ses billets de banque ont été transformés en simples morceaux de papier inutilisables. Pour Emelyne, et pour de nombreux Burundais confrontés à des situations similaires, le Bitcoin propose des solutions simples et accessibles. Face à la faible inclusion financière (21,92 %), le Bitcoin ne nécessite pas de pièce d’identité ou d’adresse postale, ni de compte bancaire pour en profiter. En tant que réserve de valeur décentralisée, le Bitcoin réduit la dépendance à des monnaies locales instables, et protège contre l’inflation et la dévaluation de la monnaie. En réduisant les frais de transfert, les envois d’argent par la diaspora peuvent se faire à des coûts quasi nuls. Face au commerce transfrontalier, le Bitcoin facilite les transactions internationales en éliminant les barrières liées au cloisonnement monétaire.  Monnaie de la liberté Le Bitcoin se distingue par sa résistance à la censure, aux saisies, aux frontières et aux autorisations gouvernementales. Les transactions se déroulent directement entre pairs, sans intermédiaires comme les banques ou des plateformes réglementées telles que Lumicash ou Ecocash. Le stockage n’est pas géré par une banque, mais par les utilisateurs eux-mêmes. Contrairement aux monnaies traditionnelles, l’émission de Bitcoins n’est pas déterminée par une banque centrale. Les transactions ne peuvent pas être stoppées, et il n’est pas nécessaire de révéler votre nom, votre adresse ou votre numéro de téléphone pour l’utiliser. Vous avez simplement besoin d’un accès à internet. Et quand les libertés individuelles et l’expression des minorités ne sont pas toujours garanties, l’anonymat relatif offert par le Bitcoin peut être précieux, notamment pour les activistes engagés.  Désormais, considérons le Bitcoin non comme un simple instrument de spéculation, mais comme une technologie capable de transformer le système financier Burundais, et de libérer le potentiel économique du Burundi. Son utilisation pourra libérer toute une génération qui ne demande qu’à construire son propre chemin et à prendre en main son destin afin de propulser le Burundi vers l’émergence et le développement.