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La promotion de l’économie libre nécessite un climat d’apaisement. Cela dit qu’elle est impossible dans une région en conflit  comme celle des Grands Lacs africains. Dans les lignes suivantes, le journaliste Egide Nikiza montre le rôle de la jeunesse pour la promotion des idées qui éliminent les barrières de la paix dans la région des Grands Lacs.

Depuis l’accession à l’indépendance des pays de la région des Grands Lacs africains (les années 1960), cette région a toujours connu des « paix négatives » : guerres civiles à caractère sécessionniste au Congo, violences politiques et rébellions par la suite élisant domicile à l’Est du pays, dans les deux Kivu ; « crises identitaires qui ont eu des allures génocidaires » au Burundi ; génocide au Rwanda,…

Néanmoins, la région des Grands Lacs africains est, du point de vue physique,  une terre que la nature a mise à la disposition de ses peuples, un climat sain favorable au développement de toutes les activités et à l’épanouissement de l’homme, un sol très fertile, une grande richesse minière et énergétique, une jeunesse numériquement majoritaire et largement ouverte au progrès mais fortement, hélas, abusée et désabusée par des acteurs politiques foncièrement irresponsables,…

Les hommes politiques dans la région des régions des Grands Lacs africains ne pensent pas dans le sens de panser les plaies occasionnées par le passé. Tout cessez-le-feu présage une nouvelle implosion et chaque violence rappelle la précédente et cela à un intervalle record. Le cas de la République démocratique du Congo (RDC) aujourd’hui suite à la prolongation du mandat du président Kabila est éloquent, etc.

J’insiste sur le rôle des jeunes dans la promotion des idées qui éliminent les barrières de la paix dans la région des Grands-Lacs. L‘économie libre, le marché libre, l’Etat de Droit notamment. Sur ce, ce serait insensé si je ne montrais pas que les mêmes jeunes ont pris une part très active dans les violences de différentes natures qui ont caractérisé la région des Grands Lacs africains.

Selon Michel FIZE, Sociologue et spécialiste de la jeunesse, la jeunesse est en danger dans les pays que l’on dit en transition de développement. Elle est sevrée ou rationnée de citoyenneté, c’est-à-dire de droits civils et politiques. Bref, c’est une jeunesse que l’on flatte, par calcul, et à laquelle l’on confie les basses besognes, nous dit-il.

A titre illustratif, il y’a lieu d’insister sur les fameux miliciens INTERAHAMWE et leur rôle dans le génocide perpétré en 1994 contre les Tutsi au Rwanda. N’eût été leur participation, ce crime imprescriptible n’aurait pas eu lieu. En tout cas, il n’aurait pas connu la même ampleur.

Au Burundi, je citerais l’exemple de la Jeunesse Révolutionnaire Rwagasore dans les massacres des Hutu en 1972  d’une part et les mouvements des jeunes – sans échecs, sans défaites, SOJEDEM, Buffalo,… – qui s’illustraient dans la ville de Bujumbura par la violence dans les années 1990 d’autre part.

Concernant la République Démocratique du Congo, je mentionnerais le rôle nuisible des jeunes dans les différentes rébellions, les Maï-Maï notamment, que ce pays a connues depuis son indépendance.

Et en guise d’explication des cycles de violences dans la région des Grands Lacs, « la référence au passé, décrit comme incontournable et littéralement toujours présent, se retrouve à tous les niveaux de l’action politique ». Le passéisme, fondé sur des sources véreuses, héritage de la colonisation, sert d’idéologie aux dirigeants de la région. Dans les lignes suivantes, j’illustre le rôle qui revient aux  jeunes dans  la promotion des idées qui éliminent les barrières de la paix dans la région des Grands-Lacs, sans cesse meurtrie et martyrisée.

En s’appuyant sur la maxime, « le pain devient toujours amer quand on le mange seul », il devient pertinent de creuser en vue de savoir si la région des Grands Lacs africains ne serait apaisée si tous ses filles et fils dont les jeunes innombrables partageaient équitablement le pain que plus d’un connait mielleux dans cette région ?

Selon le PNUD, « la corrélation entre les conflits et le développement humain est double. Une guerre civile qui perdure de longues années conduit à abaisser le niveau de développement humain. A l’inverse, une négligence prolongée du développement humain, notamment pour certains groupes raciaux ou ethniques peut finir par provoquer l’émergence de conflits armés».

Pour René DUBOS, « le chômage des jeunes semble être la tragédie sociale la plus grande du temps de paix».

Quant au Professeur Juvénal NGORWANUBUSA, il affirme qu’ « il n’y’aura jamais de paix sûre et établie, jamais de paix dans les cœurs et les esprits, tant que les hommes se battront pour manger ».

Après avoir passé en revue les dernières observations, d’aucuns peuvent se demander  si les guerres et conflits seraient compréhensibles dans la région des Grands Lacs africains d’autant plus que d’innombrables millions de jeunes y sont désœuvrés, misérablement formés, et donc facilement manipulables ?

Pour pallier à cette situation, les jeunes doivent soutenir sans ménager aucun effort toute initiative visant le développement de  la région des Grands Lacs africains. Etant convaincu qu’on ne peut jamais apaiser les hommes à coups de feu mais plutôt par des projets de développement, les jeunes doivent retrousser les manches et serrer les ceintures  afin de contribuer à la croissance de la production dont l’amenuisement continu et le partage inéquitable conduisent forcément  aux hostilités au fur et à mesure de l’accumulation des exaspérations.

A titre d’exemple, les jeunes doivent comprendre que  l’Etat n’est pas « une bonne à tout faire ». Ainsi, ils doivent orienter leurs perspectives dans le secteur privé, socle incontestable des économies modernes.

De surcroît, les jeunes doivent lutter contre l’injustice, de quelque nature qu’elle soit, et dont les victimes, à force de voir leurs revendications foulées aux pieds, finissent par déplacer la lutte vers le terrain de la violence, ainsi les deux intérêts antagonistes tournant le dos à la culture de la paix.

Etant donné que le degré de développement est conditionnellement lié à la croissance de la population, les jeunes de la région des Grands Lacs africains doivent encourager la scolarisation des filles et l’utilisation des méthodes contraceptives en vue de baisser sensiblement et progressivement la fécondité au Rwanda et au Burundi où la croissance démographique est de mauvais augure.

En plus de la croissance économique, de l’équité et de l’autonomisation des femmes dont les jeunes doivent porter le flambeau, il convient de souligner que la promotion des idées qui éliminent les barrières de la paix, dont les habitants ont été pendant bien des décennies nourris aux mamelles des manichéismes et de l’« intégrisme ethnique », requiert aussi l’unité des jeunes face aux fragmentations identitaires et partisanes manifestement spéculatives des adultes.

Du pays des tambours sacrés à celui des mille collines en passant par le pays des léopards, les jeunes ont affaire aux problèmes analogues  dont les plus importants sont « emploi/chômage, éducation/formation, participation dans les affaires publiques et communautaires, mariage, idéaux de la jeunesse (qui ne sont pas  nécessairement les mêmes que ceux des adultes), environnement ,[…], santé, etc. »

Si Max WEBER nous apprend que « l’individu décide de s’associer avec d’autres individus pour former des groupes qui doivent protéger la liberté et la propriété de chacun », il est incompréhensible que les jeunes des pays de la région des Grands Lacs africains continuent à agir en rangs dispersés du moment qu’ils ont des problèmes comparables.

Au sujet de cette immaturité, Michel FIZE nous informe que « si les jeunes perçoivent « les autres » dans leur singularité, ils peinent à se représenter eux-mêmes dans leur propre singularité ».

Les jeunes doivent donc transcender toutes divisions susceptibles de les dresser les uns contre les autres. Malgré le fait qu’ils sont abreuvés aux sources idéologiques diamétralement opposées, les jeunes devraient aller jusqu’à se considérer comme une « catégorie sociale » à part entière en vue de se tirer de la domination qu’ils subissent et dont les effets  nourrissent à coup sûr la culture de la violence dans la région des Grands Lacs africains.

En définitive, sachant que la promotion des idées qui éliminent les barrières de la paix dans la région des Grands-Lacs « vise à réduire les risques de reprise d’un conflit et à jeter les bases d’un développement durable», il ressort de mon analyse que les jeunes doivent sectionner le cordon les liant à la belligérance viscérale, imaginer et activer les travaux de développement, lutter sans répit contre l’injustice, œuvrer dans le sens de la promotion des valeurs de tolérance, du respect des différences et de la fidélité à la parole tenue,…en vue de pouvoir mettre un terme aux violences dans la région des Grands Lacs africains.

A propos du rôle des mêmes jeunes dans le processus de consolidation de la paix dans la région des Grands Lacs africains, il convient de clore ce travail avec cette belle phrase du Professeur NDUWAYO Jean Marie: «Une jeunesse sans initiative est une jeunesse sans avenir».

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