Pauvreté et liberté : faire le développement autrement.

Pour quelles raisons, après six décennies d’aide au développement, un grand nombre de pays pauvres ne se sont-ils pas développés ? N’est-il pas temps de « faire le développement autrement » ? Mais, après toutes les « modes du développement » qui se sont révélées être des déceptions, comment faire ? Dans son dernier ouvrage Pauvreté et liberté, Matt Warner, président de l’Atlas Network, s’attaque à ces questions difficiles. Tribune  du Dr Emmanuel  Martin

Tout chercheur sérieux qui s’est penché sur ces thèmes sait que l’obstacle majeur aux politiques visant le développement est la complexité : culturelle, sociale, institutionnelle, et pas simplement économique. Le développement ne se décrète pas d’un claquement de doigt d’un expert éclairé. Il ne suffit pas d’injecter un « montant optimal d’investissement » dans le pays pour que l’économie démarre. Il ne suffit pas non plus de changer « par le haut » les institutions formelles du pays afin que les incitations des acteurs fassent décoller l’économie. Il ne suffit pas de subventionner des projets que les populations locales sont censées « s’approprier »…

Privilégier  les  solutions  locales  aux problèmes  locaux 

En fait toute tentative d’aider se heurte à ce que Matt Warner appelle « le dilemme de l’extérieur » : en voulant aider, un extérieur va forcément changer la donne dans le sens d’une dépendance des récipiendaires, ce qui va casser la dynamique réellement endogène de développement. En outre les extérieurs, de par leur position, ne disposent pas de la connaissance nécessaire et pertinente pour initier véritablement  le changement. Ce sont les populations locales qui possèdent ces connaissances. Un pays « sous-développé » regorge en effet de talents, de « connaissances productives » qui malheureusement sont étouffées. Comment faire pour les libérer ? 

L’incontournable rôle des Think tank 

La meilleure solution connue à ce jour est la liberté économique. C’est dans ce cadre que les connaissances productives des populations pourront être utilisées de manière efficace par elles-mêmes et ainsi tirer le développement du pays. Mais, évidemment, notre obstacle, notre dilemme, est toujours là : on ne peut imposer cette liberté économique de l’extérieur. Comment aider dans ces cas-là ? La meilleure stratégie est de faire confiance aux acteurs du système pour initier le changement vers la liberté économique. Ce sont ici les think tank locaux, dotés des connaissances locales nécessaires, qui sont les mieux à mêmes de pousser de manière incrémentale vers la libération du potentiel des connaissances productives des populations.

Leur action d’éducation, d’information, de lobbying intellectuel et politique est essentielle pour le changement institutionnel qui passe par la liberté économique. Mais est-il aussi facile de se reposer sur des think tanks pour pousser le développement d’un pays ? C’est là que la dimension internationale de la société civile, et notamment l’action de l’Atlas Network, prend tout son sens : parce qu’ils sont intégrés à un réseau international de « pairs », les think tanks peuvent apprendre les uns des autres, comparer leurs stratégies respectives et se mesurer aux autres. Cette émulation et ce partage des connaissances leur permettent de mieux définir et cibler leurs objectifs et leur impact, et ainsi gagner en efficacité. 

L’ouvrage propose ainsi une immersion dans quelques projets de think tanks qui ont réussi à faire avancer les choses, de l’Argentine au Liban, en passant par le Sri Lanka et le Burundi, et bien d’autres encore. Au-delà de l’aspect « théorique », qui permet d’analyser parfaitement les enjeux des politiques de développement aujourd’hui, l’ouvrage propose une approche résolument pratique qui servira les think tanks tout autour de la planète à se dépasser, en apprenant des exemples du livre, que cela soit en matière de stratégies et de bonnes pratiques, ou d’erreurs commises et de défis. 

Pauvreté et liberté s’adresse donc à toutes celles et tous ceux qui s’intéressent au développement, que cela soit au plan théorique ou pratique.