Burundi : droit à la propriété foncière, un casse-tête pour les femmes.

En 2015, sur 80.2% des propriétaires fonciers, 62.5 % sont des hommes et seulement 17.7% des femmes. Alors que les femmes représentent 80% de la main d’œuvre agricole, notre collègue Edgar Mugenzi,  cet inégal accès à la terre entrave développement.

L’économie du Burundi est essentiellement agricole. Le secteur primaire (agriculture, élevage et pêche) occupe 90% de la population active dont environ 55% sont des femmes, contre 8% pour le secteur tertiaire et seulement 2% pour le secteur secondaire. 

Sur base des données collectées auprès de 40 services fonciers communaux sur une fourchette de  43 déjà opérationnels à l’échelle du pays en 2015, le constat est que la population fait de plus en plus recours à ce service. 89240 demandes de certificats fonciers, dont 6797 introduites par les femmes en leur nom, soit 7.6% de toutes les demandes.

Accès à l’héritage, un défi.

Dans l’enquête de l’APDH, sur 877 femmes ayant introduit des plaintes dans dix tribunaux du  nord du Burundi durant toute l’année de 2014, 516, soit 69% revendique leur héritage foncier. Cette situation met dans l’insécurité les femmes qui revendiquent leurs droits car la société les considère comme marginales : « Ma famille m’a déshérité soit disant que je devais vivre chez mon mari et travailler ses terres. Quand mon  époux est mort, sa famille m’a retiré l’enfant et m’a envoyé galérer dans la rue », se rappelle avec nostalgie Kankindi, une femme de ménage.

D’aucuns  admettent que la société et la culture burundaises ne sont pas oppressives à l’égard de la femme. Cependant, par rapport à la précise question de l’accès des femmes à la terre, Maître André Nyandwi, doyen de la faculté de droit à l’université de Ngozi  indique qu’il y a des barrières culturelles peu enclines au changement, avec une référence constante sur un imaginaire social rétrograde: « L’héritage au Burundi favorise  encore les garçons aux détriments des filles, ce qui prive majoritairement aux femmes  l’accès à la propriété privée».

Que  faire ?

Sur le plan interne, la Constitution du Burundi pose et défend le principe de l’égalité entre tous les citoyens dans divers endroits. A titre d’exemple, l’article 13 parle de l’égalité entre tous les burundais et de la jouissance des mêmes droits par tous les citoyens sans distinction basée notamment sur le sexe.

Pour l’avocate Pélagie Mbazumutima, les principes de l’égalité du genre devrait permettre aux femmes de gagner leur place dans la communauté : « La société autochtone ne donne pas assez de place aux femmes surtout en matière de droit à la propriété privée. La promulgation et l’application de la loi d’héritage redonneraient plus de confort aux féministes », suggère-t-elle.

Le secteur agricole dans lequel elles sont massivement actives représente 95% des exportations. À mon humble avis, le gouvernement devrait voter des lois ou mettre en place des directives régissant les droits à l’héritage et à la propriété privée au profit des femmes, poursuivre des sensibilisations pour que les femmes obtiennent une place qu’elles méritent dans cette communauté.