Non, la liberté d’expression ne peut pas être bafouée ainsi délibérément !

« Shut down » numérique, depuis le petit matin de ce 20 Mai, jour des élections au Burundi. Une mesure de verrouillage de l’accès aux réseaux sociaux qui porte préjudice à la liberté individuelle. 

Pour prétexte de maîtriser et préserver la sécurité nationale, bref pour le sacro-saint intérêt supérieur de la nation, aujourd’hui sans crier gare, tout internaute burundais s’est réveillé sans accès aux réseaux  sociaux , coupés tôt vers les 5h du matin, une heure avant le triple scrutin d’aujourd’hui-élections présidentielles, législatives et communales. Ainsi, seuls ceux qui utilisent les VPN, devenus le pneu de secours afin de contourner cette mesure, peuvent accéder au réseaux sociaux. Un acte que certains ne lésinent d’appeler « cyber-brutalité » car relevant de l’arbitraire. 

Pour rappel, le droit à l’information est une composante de la liberté d’expression, laquelle est définie par la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 ː « Tout individu a droit à la liberté d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que soit ».

Par ailleurs, le droit à l’information est aussi l’un des grands acquis de l’ère du numérique favorisé par l’avènement à grande échelle des outils informatiques. Reconnu même par l’ONU à travers la résolution relative à la protection et la promotion et l’exercice des droits humains sur l’internet, adopté le 29 juin 2013, ce texte affirme de manière on ne peut plus éloquente queː « les droits dont les personnes jouissent hors ligne doivent également être protégés en ligne en particulier le droit de toute personne a la liberté d’expression ». Enfreindre à celui-ci n’est qu’une atteinte à la liberté des gens purement et simplement.

A quand  la fin du «  shutdown » ?

 Il est alors évident qu’une telle mesure ne pouvait pas aller sans susciter des interrogations. En effet, s’il est vrai que l’internet soit une machine à rumeurs, cela n’empêche pas qu’il soit aussi un excellent thermomètre de la situation qui prévaut. Comment alors en sommes-nous arrivés jusque-là ? Si on peut nous priver délibérément de l’accès a l’internet qu’en est-il du respect et de la protection de notre vie privée ? Quels peuvent être les retombées économiques d’une telle mesure sur les affaires des gens qui ne peuvent plus communiquer ? Doit-on mettre au placard nos droits de l’homme sous prétexte des élections et de la sécurité ? Si ailleurs les élections peuvent se faire se faire sans enfreindre à la liberté des gens pourquoi pas chez nous ? Et surtout jusqu’à quand va durer ce shutdown ? aujourd’hui ? demain ? la semaine prochaine ou l’an prochain ? Seuls ceux qui ont pris cette décision savent. Tout simplement désolant.

Tout de même, est-il que la liberté d’expression devrait être respectée sans aucune condition et dans toutes les circonstances, sans être soumise à aucune forme de restriction arbitraire provenant d’aucun pôle de pouvoir. Comme le disait ce cher Jean Michel Guenassiaː « la liberté ne se discute pas, elle ne se marchande pas et ne se divise pas. C’est tout ou rien ». Et moi d’ajouter ː pas même le jour des élections!

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