« A women captured » : loin d’un film, une réalité au Burundi

Ce jeudi, le 30 avril dans les enceintes de l’Université de Ngozi, le CDE Great Lakes en collaboration avec The Why Foundation organisait une conférence-débat autour d’un film pour éclairer la situation sur l’esclavage domestique. Une réalité sans fard dans notre pays. Zoom sur cet événement.

10 h 00. Le soleil brille à l’Université de Ngozi. J’entre dans la salle. L’atmosphère reflète une salle pleine à craquer. 10 h 30, la conférence débat s’ouvre avec l’organisateur de l’événement Edgard Mugenzi, membre du CDE Great Lakes qui prononcera le mot d’ouverture. Dans ces lignes, il expliqua en donnant l’air de beaucoup réfléchir sur les droits fondamentaux de la personne humaine principalement celle des femmes. « La traite des êtres humains est en pleine expansion dans le monde entier. La plupart des victimes sont des femmes. Ces dernières travaillent dans des conditions misérables dans les activités sexuelles, en tant qu’employées de maison ou dans d’autres secteurs informels. Or, Étant futur et cadre de notre nation, nous sommes appelés à être les premiers parmi cette génération qui doit s’opposer à ces viols pour mener un changement social dans notre pays ».

Dans son introduction du film, Edgard Mugenzi, fera un résume sur les deux organisations (CDE et The Why Foundation), ainsi que l’importance de ces débats et projection des films documentaires qui éclairent la jeunesse sur la situation du monde dans lequel ils vivent.

La vie de calvaire de Marish.

L’aiguille de ma montre indique 10 h 50, le film commence. Il nous raconte l’histoire d’une femme européenne du nom de Marish qui avait été détenue par une famille comme esclave domestique pendant 10 ans. Elle a été exploitée et maltraitée par une femme pour qui elle travaille comme femme de ménage. Entièrement non rémunérée, effectuant toutes sortes de tâches ménagères éreintantes sept jours par semaine en échange uniquement de repas et d’un canapé pour dormir. Elle devrait même remettre l’argent qu’elle gagne grâce à un travail supplémentaire de femme de ménage dans une usine. Il lui était interdit de faire quoi que ce soit sans autorisation.

Malheureusement…

Ce cas n’est pas isolé.  Burundi en sait quelque chose. Jeanne Niyonkuru est originaire de la commune Mutaho dans la province de Gitega. Il y’a 2 ans, la jeune fille espérait trouver un paradis en venant travail comme domestique dans la ville de Bujumbura. Cependant, elle s’est rapidement retrouvée en enfer. Elle raconte. « Je travaillais jour et nuit et je mangeais une fois la journée. Un jour, après une longue journée de travail, j’ai réclamé mon salaire. Je voulais rentrer  pour fuir cet enfer et j’ai menti que ma mère était malade et que j’avais besoin de rentrer pour la voir. Le patron a refusé, mais j’ai insisté. Après, il m’a furieusement frappée jusqu’à me blesser la jambe et le bras gauche arguant que je lui manque de respect ». C’est horrible. 

Pour Fadette étudiante dans la faculté de Médecine, ce n’est plus un secret, au Burundi, l’esclavage domestique est plus fréquent. Les exemples sont légions même ici à Ngozi. Mais le pire dans tout ça, c’est que les coupables ne sont pas dénoncés et punit sévèrement. Une intervention presque semblable à celui de Landry Mugisha et Elvis Ndihokubwayo.

Quelles leçons alors ?

Pour Cédric un des participants, la mobilisation  est un levier essentiel pour lutter contre ce phénomène. Pour lui, il faut mobiliser l’opinion publique sur ce sujet et favoriser les signalements ainsi que les accompagnements sociaux et psychologiques. Une idée pas loin de celle de Fadette et Landry. 

Cependant, des questions n’ont pas manqué. Elvis Ndihokubwayo se demandera  les facteurs qui rendent les jeunes filles particulièrement vulnérables à l’esclavage domestique et quel devra être la solution pour mettre fin à ce fléau ? En répondant à la question, Edgard Mugenzi a essayé de démontrer comment la pauvreté est au cœur de ce problème. Pour lui, poussés par la pauvreté, de nombreuses jeunes filles venant de familles pauvres sont exploitées comme domestiques. Malheureusement, les conditions économiques difficiles qui conduisent les familles burundaises dans la pauvreté persistent. Le caillou dans la chaussure. Selon lui, le gouvernement devrait s’attaquer au nœud du problème (la pauvreté) en créant un climat des affaires favorable dans le but d’augmenter les activités génératrices de revenus. Ainsi, on évitera en partie ce calvaire. Mais toutefois, la mobilisation sur ce sujet reste primordiale. 

À la clôture de la conférence et après un débat riche en discussion vers 14 h 15, Edgard Mugenzi l’organisateur de cet événement fera savoir qu’il faut continuer à contribuer à faire de notre pays « un pays libre, prospère et moins bousculé ».