Burundi : la liberté de la presse reste toujours problématique

Le dernier rapport de Report Sans Frontière est sans équivoque. La liberté de la presse vit ses mauvais jours. Le Burundi  ne fait pas exception. Avec sa 160ème place  sur 180 au niveau mondial, 44ème place sur 48 pays au niveau africain,  le pays de Mwezi est le mauvais élève de l’EAC. L’occasion pour notre collègue Patient Muzima d’appeler  au redressement  de la situation pour plus de liberté de la presse et par ricochet  la liberté politique et économique.  

Selon Reporters Sans Frontières (RSF), « la situation de celles et ceux qui tentent de produire des informations est difficile, voire critique » et « la décennie à venir sera décisive pour l’avenir du journalisme sur le continent ».

Et au niveau africain, sauf quelques cas encourageants,  sur les 48 pays qui figurent au classement 2020 de Reporters Sans Frontières, 21 apparaissent comme des pays où la situation est soit « difficile », soit « très grave » pour la liberté de la presse. 

Mais surtout, en publiant son Rapport 2020 sur la liberté de la presse, RSF note que celle-ci reste très fragile en Afrique subsaharienne tout en  soulignant  tout de même que la chute de certains dirigeants et de certains régimes ces dernières années a permis de desserrer un peu l’étau sur les journalistes dans ces pays ». Le  classement des pays comme « comme en Angola, Éthiopie, Gambie,  République démocratique du Congo, Soudan et  Zimbabwe le témoigne bien. 

Cette   avancée dans certains  pays est occultée par  le déclin de  la liberté de presse dans d’autres  pays comme la Tanzanie ou le Bénin  qui connaissent des reculs très importants par rapport à 2019.

Le Burundi, mauvais élève de l’EAC

En lisant le rapport,  pour  celui est intéressé par la place du Burundi  dans le monde, en Afrique et dans l’East African Community, un constat  saute directement aux yeux.  Pour cette dernière, par rapport aux autres pays de cette région, le Burundi  occupe la dernière place . Tenez : il est à la 160eme place alors qu’en 2019, il était à 159eme place. Un recul d’une place. Viens ensuite le Rwanda qui occupe la 155eme place, le Sud Soudan occupe la 138eme place. L’Ouganda   de son côté  occupe la 125 eme place tandis que  la Tanzanie est à la 124e place. Quant  au Kenya, il est le meilleur élève de l’EAC avec la 103 eme place. 

Peu honorable comme    classement  pour le Burundi. Encore que même au niveau du continent africain, sa place est de  loin la moins enviable. Sur 48 pays africains concernés par le rapport, le pays de Mwezi  n’est qu’à la 44 eme place. 

Les raisons de ce mauvais score

On le voit, et comme on peut le lire dans ce rapport, au Burundi, depuis la tentative de coup d’État de mai 2015, la situation reste préoccupante. Non sans raisons. Selon Arnaud Froger , responsable du bureau Afrique de RSF,  « cinq années de crise durant lesquelles le système burundais s’est enfoncé dans un système de prédation de la presse, ne laissant absolument aucune place à l’information critique et indépendante sous peine de pire représailles ».

Concrètement, à titre illustratif, en 2019, le rapport de la RSF  souligne que les radios internationales VOA et BBC ont été suspendues sur le territoire burundais, que  des journalistes d’Iwacu sont en  prison. C’est aussi un RSF qui déclare   que  la situation risque de s’empirer pendant la période  électorale. Et de demande à tous les acteurs de bonne volonté de s’impliquer pour mettre une pression multiforme sur les autorités burundaises afin qu’elles respectent la liberté de la presse: « l’idée, ce n’est pas de dénoncer ou de stigmatiser qui que ce soit, c’est de convaincre que la liberté de la presse est un pilier essentiel au développement des sociétés. La paix et le développement sans information fiable, plurielle et indépendante c’est tout simplement impossible », déclare toujours Arnaud Froger.  

Toute une série de biais qui menace la liberté de la presse. Inquiétant quand on sait que  sans  liberté de presse, l’on ne peut pas parler de  la liberté politique et  surtout économique. Et sans  ces derniers, le développement économique est impossible. L’occasion pour nous de plaider pour que des  actions de redressement de  la situation soient entreprises. Et ce n’est très compliqué. A l’instar de certains  pays qui ont fait du bond en avant, le Burundi peut y arriver. A conditions d’agir conséquemment.