Dette publique au Burundi : une épée de Damoclès pour les entreprises

Pour les pays en voie de développement comme le Burundi, l’endettement pour financer les  investissements est monnaie courante. Dans le cadre de la campagne Birashoboka, notre collègue Jean Hubert Kwizera explique comment cette dette, surtout intérieure, entrave la croissance des entreprises, et par ricochet la capacité à lutter contre la pauvreté.

Considéré comme un procédé nocif auquel l’État ne devait avoir recours qu’exceptionnellement, l’emprunt occupe aujourd’hui une place importante dans l’économie burundaise. Selon la banque centrale dans son rapport annuel, exercice 2018, la dette publique s’est accrue de 13.5 %. Dans ce même rapport, la dette intérieure s’est accrue de 17.6 % de 2018 à 2019, passant de 1 647.8 milliards BIF à 1 937.8 milliards, et avec la crise de 2015, la dette par rapport au PIB a monté, passant de 35.7 % en 2014  à 45.26 % en 2015.

Selon Prosper Niyoboke, professeur à l’Université du lac Tanganyika, la mauvaise affectation des ressources publiques et le manque de rigueur dans la gestion du budget et des finances publiques, sont à l’origine de l’augmentation de cette dette publique, sans oublier la crise de 2015 qui  a détérioré les relations du Burundi avec ses bailleurs potentiels.

 Et les entreprises en souffrent

Le  fait que gouvernement fait  recours à l’endettement interne n’est pas sans conséquence pour les entreprises. Les demandes successives de liquidités par l’Etat aux entreprises publiques et privées, assèchent les liquidités de ces derniers, ce qui limite l’assèchement de leurs investissements. Et là où le bât blesse, le non-remboursement à temps de ces liquidités, entrave les activités de ces entreprises, et les conséquences ne tardent pas à se manifester. « Faute de moyens financiers, ces entreprises ne parviennent pas  à s’approvisionner en matière premières, entraînant ainsi la baisse de la production et de revenus. Il s’en suit la réduction du personnel, ce qui ne fait qu’augmenter le nombre des chômeurs », explique le professeur Niyoboke.

Que faire ?

L’endettement interne ne semble donc pas être créateur de valeur. On aurait bien tort de prendre la question à la légère et de laisser filer les déficits, au risque de se retrouver dans une situation désespérée. L’évidence est que le Burundi a  besoin des investissements pour se développer. Mais, celle en provenance de l’endettement s’avère moins efficace. Pour réduire le poids de cette dette qui entrave le bon fonctionnement de certaines entreprises, selon Prosper Niyoboke, une gestion plus saine et contrôlée du budget en identifiant est nécessaire. Cela devra passer par la suppression de toutes les charges improductives alourdissant le budget de l’Etat. C’est en tout cas ce qui  paraît comme une meilleure solution, sans oublier  la promotion d’un état de droit qui attirera plus d’investisseurs étrangers.