L’accès aux crédits cet autre frein à la liberté économique

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Le dernier rapport disponible de l’enquête sur l’offre des services financiers formels au Burundi date de  2017. Il montre que seuls 5,87% de la population adulte avait au moins un compte de crédit dans une institution financière agréée. Une situation qui témoigne du difficile accès au crédit.  Pour notre collègue Janvier Cishahayo, ce difficile accès au crédit constitue un obstacle à la liberté économique.

Le crédit constitue un pilier de fonctionnement du système financier et de l’économie en général. Cependant, il reste difficilement accessible à ceux qui les sollicitent. Il sied alors de se demander ce qui bloque la vulgarisation de cet élément indispensable pour le développement économique.

Pour les entrepreneurs, les barrières à la formalisation de la propriété constituent le principal obstacle à l’accès aux crédits. ‘’Les frais d’enregistrement élevés, les frais énormes de certification des produits, la corruption rackettée aux entrepreneurs, les longs délais d’attente des documents de certification,…’’demeurent et empêchent beaucoup d’entreprises à se formaliser.  Cela se répercute sur leur droit à l’accès aux crédits car les établissements préteurs n’octroient les crédits qu’aux entreprises formalisées qui inspirent confiance et crédibilité à ces établissements.

Une inflation qui plombe les taux d’intérêt

Le contexte économique inflationniste dans lequel le pays vit actuellement constitue un autre obstacle à l’accès aux crédits.

Le Burundi enregistre un taux d’inflation élevé qui ne cesse de fluctuer constamment depuis des années. Elle est passée de 5,5% en 2016 à environ 16,6% en 2017, avant de retomber à 15,4% en 2018. 

« Par crainte de la fluctuation de la valeur des remboursements causé par le taux d’inflation élevé, les banques assujettis ont du mal à prêter aux taux d’intérêt débiteurs fixés par la banque centrale ce qui par conséquent plombent les taux d’intérêt réels appliqués par ces banques », confie Yves (pseudo), un banquier.

Il  éclaire davantage sur le mode opératoire des banques dans la fixation des taux d’intérêt. « Les taux d’intérêt sont appliqués selon le crédit octroyé. Ils seront élevés ou moins élevé selon le risque de non recouvrement du crédit, le secteur d’activité du client, et le délai de remboursement (crédit à court, à moyen ou à long terme) ». 

Ce professionnel des banques met exergue un autre facteur pris en compte pour fixer les taux d’intérêt : « le statut du client ». « On donne aux personnes physiques les crédits dégressifs qui s’amortissent mensuellement tandis que les personnes morales on leur donne des crédits de caisse. Les taux seront appliqués en tenant compte de cette différenciation de personnes, leur secteur d’activité, leurs capacités financiers et les garanties susceptibles de couvrir les risques de non remboursement ».

Les propos de ce professionnel de banques concordent avec les conclusions de l’enquête sur l’inclusion financière menée par la Banque de la République du Burundi (BRB)  qui souligne les obstacles à l’accès au crédit. L’enquête note les garanties exigés, les procédures complexes, des taux d’intérêts élevés dépassant les 10 %, la présence d’un avaliseur des hypothèques et leur intérêt de ne prêter qu’aux salariés et aux commerçants déjà confirmés.

Que faire?

La Banque de la République du Burundi est l’institution qui a les prérogatives de conduire la politique monétaire et de crédit. Pour libéraliser l’accès au crédit, elle doit veiller à la réglementation des taux d’intérêt. Loi n°1 /17 du 22 Aout 2017 régissant les activités bancaires au Burundi dans son article 49 stipule que la banque centrale édicte la réglementation concernant l’octroi des crédits et des autres emplois des ressources des autres établissements assujettis). 

Néanmoins, la liberté économique reste la meilleure voie pour maîtriser les paramètres influant sur les taux d’intérêt appliqués par les banques. Elle permettra  la diminution du taux d’inflation, l’accroissement du PIB et le non remboursement des crédits contractés, ce qui se répercute sur l’accroissement du taux de remboursement des crédits. Par  ricochet, le taux de l’encours des crédits augmentera dans les institutions financières.