Burundi : comment expliquer l’échec de certaines initiatives de privatisation

Pourquoi certaines initiatives de privatisations ne réussissent pas ? Cette question taraude notre collègue Lambert Nduwayezu qui  essaie, à travers cette analyse, d’en décortiquer les raisons. 

Depuis son indépendance, le Burundi a eu du mal à choisir sa politique économique pour mettre l’ensemble du pays sur les  rails du développement économique. Comme tous les autres pays africains qui venaient d’accéder à leurs indépendances, le pays estimait que pour rompre avec tout le système colonialiste, il était obligatoire de rompre avec  le capitalisme. Cette vision économique était considérée comme étant au service du colonialisme. Il faudra attendre les années 1990 pour voir le pays commencer à essayer de se désengager dans quelque secteur économique, comme dans la filière café à titre d’exemple. 

Un désengagement qui ne fera pas long feu

Selon  la communiqué du conseil de ministre du  premier octobre 2019, ce désengagement de  la filière café a donné des « résultats décevants pour l’économie burundaise car la productivité et la qualité du secteur ont continué à diminuer ».  Le mot « désengagement » est utilisé ici au sens du mot « Privatisation ». 

Mais alors, comment expliquer l’échec de certaines initiatives de  privatisation ?

La question mérite d’être posée. Car, en réalité cette politique est une meilleure option si elle devient totale. C’est-à-dire lorsque les bénéficiaires d’une propriété ont droit de sa jouissance totale, que personne n’intervienne dans la détermination de l’usage de cette propriété sans son consentement et qu’ils n’ont pas peur d’être privée de ces fruits ou partie de ces fruits arbitrairement. De là résulte la croissance de la productivité et de la qualité.

Les racines du problème 

 La politique de désengagement de l’Etat burundais dans  certains secteurs économiques n’a jamais été effective ou réelle. L’Etat continue à renforcer son intervention par différents manière, comme la fixation du prix pour le secteur café par exemple, à déterminer les différents modes d’échange de la production et à prélever sur les revenus des propriétaires.  

Donc, ce qui fait que la privatisation au Burundi n’aboutisse pas aux attentes n’est pas dû au problème de la privatisation. Et d’ailleurs, le Burundi reconnaît, d’une certaine manière que la privatisation peut réussir à augmenter la production . La vraie question est l’impossibilité de se désengager totalement dans le secteur privé pour laisser aux propriétaires la liberté de choisir l’affectation ou l’utilisation de leur production. 

C’est le fait également que le secteur privé vit dans l’incertitude liée aux fluctuations économiques causées par l’instabilité de textes juridiques. 

Si nous voulons que la privatisation aboutisse à nos attentes, il  faut laisser tout reposait sur les décisions individuelles des propriétaires, faire respecter l’état de droit et faire en sorte que les textes juridiques soient stables afin d’attirer la confiance des propriétaires. Le gouvernement devrait limiter son pouvoir sur le secteur privé et exercer le rôle de protéger ce secteur contre toute sorte de violation des contrats entre les parties prenantes.