« Entreprendre dans la Mairie de Bujumbura » : un parcours du combattant

Alors que les jeunes Burundais.e.s ne cessent de manifester un engouement envers des initiatives entrepreneuriales, entreprendre dans la Mairie de Bujumbura reste un calvaire pour eux. Les longues procédures et frais de démarrage d’un business, ainsi que la taxe de la Mairie constituent de véritables casse-tête. Notre collègue Painette Niyongere a rencontré quelques entrepreneurs de la ville ainsi que le chef du service des taxes à la Mairie pour en témoigner.

Dans la Mairie de Bujumbura, l’entrepreneuriat fait face à différentes barrières qui handicapent la libre-entreprise. Les jeunes entrepreneurs subissent une situation très peu favorable pour la concrétisation de leurs initiatives. Voyons. Selon la Mairie de Bujumbura, tout entrepreneur voulant travailler dans la ville de Bujumbura doit demander une autorisation d’ouverture, avec un sous-couvert de l’administrateur de la commune dans laquelle il veut s’installer. Ce document est recevable après un paiement de 50 000 Fbu au compte de la Mairie de Bujumbura. Il faut également une attestation de non-redevabilité, qui est octroyée moyennant paiement d’une somme de 20 000 Fbu. Après le début des activités, la taxe de la Mairie toque à la porte. Selon le chef du service des taxes, elle est calculée, non pas en fonction du capital, mais sur la valeur de la résidence et du terrain. Elle est de 15 000 Fbu dans les quartiers périphériques, et 30 000 Fbu au centre-ville. Cette taxe est annuelle.

Casse-tête 

Les petits entrepreneurs considèrent ces frais et taxe comme un fardeau. Certains se sentent même opprimés et finissent par jeter l’éponge. C’est le cas de Salvator, un jeune entrepreneur de la zone Kamenge. Il a démarré son business avec un petit salon de coiffure d’un capital de 100.000 Fbu. Pour avoir l’autorisation d’ouverture à la commune Kamenge, il raconte que ça lui a pris toute une semaine. « Après trois mois d’activités, j’ai vu les agents de la Mairie débarquer pour exiger les taxes. Ces derniers m’ont sommé de payer 30.000 FBU. Considérant ce que je gagnais et ce que je devrais payer comme taxe, j’ai dû jeter l’éponge et me résoudre à fermer », se plaint Salvator.

 « Il arrive que les boutiquiers soient pénalisés parce qu’ils n’ont pas été en règle dans le démarrage de leur business, et c’est là que les taxes deviennent un fardeau aux yeux des jeunes entrepreneurs » tente d’expliquer le chargé des taxes à la Mairie, avant de signaler que la Mairie dispose d’agents de terrain qui passent chaque fois dans les quartiers pour s’assurer de la bonne collecte de cette taxe, et qu’en cas de non-observation des procédures, la Mairie a effectivement recours aux pénalités.

Piste de solutions

A mon humble avis, l’entrepreneuriat est source de richesse et les jeunes entrepreneurs devraient voir leur activité facilitée. Il y a une suggestion. N’y a-t-il pas moyen que les entrepreneurs débutants soient exonérés de ces taxes pour une certaine période, le temps qu’ils confirment leurs efforts ? Un souhait des plus légitimes que la Mairie devrait examiner en profondeur. Si la réduction des frais d’enregistrement à l’API est à saluer, force est de con stater que l’existence de ces frais et taxes montre que les barrières subsistent au niveau de la Mairie. L’occasion donc pour emboîter le pas à la campagne « Birashoboka » du CDE pour demander la gratuité de tout le processus, où, dans la mesure du possible, diminuer au moins ces frais au nom de la libre-entreprise et donc du recul de la pauvreté.