Burundi : le difficile pari entreprendre dans le secteur culturel

Parler d’entrepreneuriat dans le culturel au Burundi semble un grand pari. Pour Guillaume Muhoza, ce secteur quoiqu’embryonnaire avec un chemin parsemé d’embûches foisonne d’opportunités pouvant permettre aux jeunes burundais de créer leurs propres entreprises ou start-up.

Des sites historiques aux espaces écologiques à fort potentiel touristique (eaux thermales, chutes, lacs, etc) en passant par les produits artisanaux (vannerie, sculpture, etc) ou patrimoine immatériel (audiovisuel, design, cinéma, danses, spectacle, etc), le Burundi offre un immense potentiel à même de donner lieu à une véritable industrie culturelle.

Malheureusement, le secteur semble être négligé. Comme l’indique Clovis Ikoriciza Rasko, D.G de Now Creative, une agence spécialisée dans le management culturel et événementiel au Burundi, « le domaine culturel est très oublié et le gouvernement ne se soucie pas du développement de celui-ci ». À titre de rappel, depuis novembre 2014, le tambour burundais est inscrit à l’UNESCO comme patrimoine culturel de l’humanité. Mais à compter de ce jour, il n’y a pas eu beaucoup d’événements pour mettre en valeur ces tambours, pas de foire culturelle, encore moins un festival à leur honneur.

La racine du mal

Au Burundi, comme ailleurs dans les pays pré-industriels, le domaine culturel souffre du manque d’attention. Il n’est pas considéré au même titre que d’autres domaines pouvant impulser le développement national. « L’expérience locale montre que ce domaine reste tributaire et hautement dépendant de la conjoncture d’autres secteurs et ne se contente que des miettes laissées par ces autres domaines », affirme toujours Rasko. Néanmoins, de tous les défis, c’est la négligence qui les chapeaute. « Le domaine culturel n’est pas perçu comme un vivier d’emplois par les jeunes, et certains s’y lancent parce qu’ils ont manqué quoi d’important à faire », précise Rasko.

La pauvreté financière et les contraintes dans la création d’entreprises viennent aussi pour jouer les trouble-fêtes. À ce propos, Rasko réfute tout en bloc. « Ce ne sont pas les moyens qui manquent, c’est plutôt la volonté. Des idées, on les a. Il incombe à l’État de les accompagner et de créer un climat d’affaire sain pour ce genre d’initiatives ».

Un défi à relever

Le domaine culturel se révèle être un vecteur important pour catalyser l’essor économique du pays et affermir sa liberté. L’entrepreneuriat culturel pourrait donc constituer une piste privilégiée pour transformer en valeur marchande l’exploitation des patrimoines matériels et immatériels que survivent au Burundi sous forme folklorique, dans un processus qui profiterait tant aux communautés rurales par exemple, souvent détentrices de ce patrimoine, qu’aux milieux urbains qui servent de portails d’accès à ces créations, via le tourisme et les évènements culturels. « Notre culture est unique, on peut s’appuyer sur elle pour booster le tourisme, organiser des événements alléchants qui incitent les étrangers à venir au pays pour y investir et les proposer des festivals, concerts ou autres rendez-vous lors de leur séjour au Burundi », explique Rasko.

À mon avis, l’urgence serait de saisir les opportunités qu’offre la création d’entreprises dans ce domaine qui se développe autour d’unités de production souvent réduites, avec un ancrage territorial évident. Pour les jeunes, au lieu de compter la réussite professionnelle à l’accès au statut social de « fonctionnaire », on devrait bannir ce manque de la culture entrepreneuriale. Mais, tout cela sera possible lorsque le climat des affaires sera favorable au Burundi.

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