Burundi : Quand la concurrence dans le secteur éducatif se voit limitée

Les ministres de l’Education et de la Santé ont récemment cosigné une ordonnance harmonisant les frais scolaires dans les écoles publiques et privées. Pour le blogueur et enseignant Lambert Hakuziyaremye, cette mesure marquera une régression des écoles privées.

La récente ordonnance ministérielle portant règlement des frais scolaires et autres contributions des parents dans les écoles fondamentales, post fondamentales générales, pédagogiques, techniques, paramédicales et dans les centres d’enseignement des métiers et de formation professionnelle publics et privés du Burundi devrait être accompagnée par d’autres mesures. Au cas contraire, cette ordonnance conjointe va entraîner la diminution du niveau de l’enseignement dispensé surtout dans le secteur privé et limiter la concurrence dans ce secteur.

Le secteur éducatif privé contribue énormément à l’éducation au Burundi. Certaines écoles dispensent un enseignement de qualité plus que celles du secteur public. Les résultats des tests nationaux le témoignent où des écoles privés viennent en tête par rapport aux écoles publiques. Il aide le gouvernement notamment à désengorger le système éducatif public.

Chaque établissement scolaire privé s’organisait jusque-là librement en fonction des objectifs qu’il s’est fixés. La fixation des frais scolaires était souvent fonction des infrastructures, des équipements pédagogiques, des activités scolaires et parascolaires et les traitements du personnel.

Liberté dans la gestion des écoles SVP !

Je suis un enseignant dans un établissement scolaire privé en mairie de Bujumbura. Je remarque que l’école dépense beaucoup de moyens financiers pour le bon entretien de différentes infrastructures, le suivi des enfants ayant des difficultés particuliers, etc.

L’Etat devrait accorder au préalable des subventions soit en argent, soit en matériels aux établissements scolaires privés avant l’entrée en vigueur de cette mesure. Cela aiderait ces établissements à couvrir les dépenses non couverts par les frais scolaires des parents des élèves. Ainsi, l’Etat pourrait également fixer les frais scolaires selon des critères plus objectifs et surtout en collaboration avec tous les intervenants dans le système éducatif.

Cependant, l’absence de ces mesures d’accompagnement va influer sur l’organisation de ces établissements. Ils pourront minimiser les dépenses, lesquels étaient tout de même nécessaires pour la réussite des élèves. La mesure vient également limiter la concurrence dans l’amélioration de la qualité de l’enseignement au Burundi.

«Les frais d’inscription supprimés constituaient des fonds pour l’amortissement des infrastructures, des manuels pédagogiques. Avec l’ordonnance, il nous sera difficile de bien satisfaire tous ces besoins. En conséquence, cela ne manquera pas d’influer sur  nos conditions de travail», réagissent sous anonymat les directeurs des établissements scolaires en mairie de Bujumbura.

La limitation des frais de scolarité pour certains établissements implique la diminution de la qualité de l’enseignement. Certaines écoles se verront incapables d’honorer leurs engagements vis-à-vis des enseignants. Cela fera davantage décliner la qualité du système éducatif burundais.

Des écoles seront contraintes de renvoyer certains de leurs enseignants, ce qui aggravera  le phénomène du chômage dans le pays. Les établissements privés devraient jouir de la liberté de s’organiser dans le but d’offrir un enseignement de qualité et compétitif dans la sous-région.