Pourquoi les serviettes hygiéniques ne devraient-elles pas être vendues ?

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Le 28 mai de chaque année correspond à la journée mondiale de l’hygiène menstruelle. Au Burundi, les serviettes hygiéniques sont taxées à raison de 18 %, ce qui constitue une barrière à la bonne gestion de l’hygiène menstruelle pour de nombreuses filles et femmes burundaises. Notre collègue Franck-Arnaud Ndorukwigira appelle à la révision de cette mesure. Explications.

Avoir ses règles n’est pas optionnel. Pour cela, les serviettes hygiéniques utilisées sont des produits de première nécessité. Mais, avec un taux de TVA de 18 % au Burundi, les serviettes utilisées chaque mois par des femmes sont très chères.

Être une femme devient de plus en plus coûteux qu’être un homme. Vendue à 2.000 Fbu le paquet, c’est un peu plus de 24.000 Fbu par an. Et vu qu’une femme a ses règles environ 450 fois dans sa vie, le coût est estimé à 900.000 Fbu durant toute sa vie. Une petite fortune. Et il peut être encore plus élevé en cas des règles abondantes ou qui durent plus d’une semaine.

Avec cette taxe, les serviettes hygiéniques sont devenues un produit de luxe. Sa consommation mensuelle finit par peser dans le porte-monnaie. Même si une somme de 2000 Fbu/mois, pour certains, peut paraître peu.

Mais pour des personnes à faibles revenus ou en milieu rural, s’acheter des serviettes périodiques devient un luxe qu’elles ne peuvent pas se permettre. Elles optent souvent pour des solutions alternatives non adaptées et potentiellement irritantes : de vieux tissus, des bouts de matelas, et même des feuilles de bananier.    

Les chiffres sont éloquents

Selon une étude de L’UNICEF au Burundi, seules 17,1 % des filles en milieu scolaire peuvent se permettre d’avoir une serviette hygiénique alors que 70,2 % d’élèves ratent leurs cours lors des règles à cause de manque de protections hygiéniques.

Dans un pays où le revenu moyen est de 0,8$/mois, l’ONG locale SaCoDé, qui travaille dans la promotion de la santé des communautés, a trouvé que plus de 75 % de Burundaises ne peuvent pas avoir accès à une serviette hygiénique.

Anastasie, coiffeuse à Muyinga, en fait partie. Ne pouvant pas s’en procurer chaque mois à 2.000 Fbu, multiplié par autant de filles à la maison, elle témoigne qu’il lui arrive de se demander quoi choisir entre l’achat du repas ou des serviettes pour certains mois.

Relever le défi

A la manière des préservatifs qui sont distribués gratuitement, alors que toute personne est en mesure de se retenir d’avoir des relations sexuelles, il devrait être ainsi pour les serviettes hygiéniques car on ne peut pas se retenir d’avoir des règles.

En attendant cette gratuité, les filles et femmes burundaises devraient opter pour des alternatives moins onéreuses telles que les serviettes lavables et réutilisables comme la serviette « agateka » made in Burundi.

L’état burundais devrait lever cette entrave en alignant les serviettes hygiéniques sur la liste des médicaments remboursables par la sécurité sociale, ou vendues hors taxes avec une TVA à taux zéro. C’est tout à fait possible, puisque une telle mesure est déjà en application dans plusieurs pays comme le Kenya, la Tanzanie, l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Inde,… A quand le Burundi ?

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