Quand la limitation d’accès aux études médicales handicape la bonne santé au Burundi

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Le 7 avril de chaque année, le monde célèbre la journée mondiale de la santé. Alors que le Burundi affiche encore une pénurie de médecins, la barrière de quotas imposée aux facultés de médecine limite la liberté d’accéder aux études médicales et ne fait qu’enfoncer le clou. Notre collègue Franck-Arnaud Ndorukwigira appelle au redressement de la situation.

De 8 millions d’habitants en 2008, le pays a aujourd’hui plus de 12 millions, dix ans après. Cette forte croissance démographique, combinée aux défis sanitaires auquel il fait face, crée un besoin en personnels soignants. Le besoin en médecins, généralistes pour commencer, est loin d’être comblé. Les chiffres en témoignent.

Au moment où l’Organisation mondiale de la santé (OMS) fixe l’objectif d’un médecin pour 10 mille habitants, le Burundi avait 0,3 médecin pour 10 mille habitants en 2004. En 2018, les chiffres ont baissé jusqu’à 0,1 médecin pour 10 mille habitants.

Et même ceux qui exercent, ne sont accessibles qu’à une petite frange de la population, car sont inégalement réparties. En 2005 par exemple, sur 180 médecins du système public, 162 (soit 90 %) étaient en poste dans la mairie de Bujumbura qui ne regroupe que 10 % de la population.

Le bémol

Augmenter le nombre de médecins implique une bonne accessibilité des étudiants aux études médicales. Or, depuis 2014, l’accès aux facultés de médecine a été limité. Une mesure du gouvernement justifiant l’amélioration de la formation médicale, a réduit cette accessibilité tant dans le public que dans le privé. Un concours d’entrée en médecine fut introduit, avec un quota d’effectifs limités à 300 étudiants. Les 100 premiers ayant accès à l’Université du Burundi, les 200 autres contraint de se faire inscrire dans le privé, soit à l’Université Espoir d’Afrique ou à l’Université de Ngozi.

Selon un cadre de l’Université Espoir d’Afrique qui a requis l’anonymat, cette mesure entrave la liberté des lauréats de se choisir eux-mêmes les filières universitaires de leur choix : « Alors que c’est la nouvelle approche d’orientation venant d’être adoptée par le ministère de l’enseignement supérieur, la faculté de médecine est la seule exclue à cause de cette mesure ».

Il ajoute que cette mesure est à l’origine de la décroissance du nombre de médecins dans le pays : «Par manque de moyens financiers, ceux orientés dans le privé y renoncent, et ce manque d’étudiant a été la raison de fermeture des portes de la première année de notre faculté pendant les deux dernières années académiques».

 Un défi à relever

La demande à laquelle notre système de santé est soumis a bondi, alors que l’offre de médecins fraîchement diplômés est en train de s’effondrer. Au lieu d’utiliser cette mesure qui entrave la liberté d’accès aux études médicales pour améliorer la qualité de la formation, il fallait partir à la racine du problème en modernisant les équipements où nos étudiants sont formés, améliorez les connaissances et performances des enseignants, sans oublier d’augmenter les infrastructures sanitaire pour booster l’emploi de ces jeunes disciples d’Hippocrate pour le bien-être sanitaires de la nation.

Signalons qu’une mesure pareille « Numerus clausus » vient d’être abolie en France.