Quand le formel couvre l’informel



Il ne suffit pas d’avoir du talent, de la disponibilité pour l’exécution d’un travail, etc., pour postuler à certains appels d’offres. Il faut surtout avoir une entreprise agréée doté du numéro d’identification fiscale (NIF). Quelques fois, à défaut d’en avoir, certains trichent et utilisent le numéro d’une entreprise déjà agréée pour postuler. Notre Collègue Arnaud Favina estime que la campagne Birashoboka contribuera à mettre un terme à cette situation.

Tony (pseudo) est un jeune venu dans la capitale pour faire ses études à l’Université du Burundi. Il est doué dans le design et l’impression sur des tissus et dans le dessin. Bref dans le graphisme. Il a reçu par ouïe dire un appel d’offre pour des calendriers d’une ONG basée dans la ville de Bujumbura.

Etudiant, Tony n’a que son talent pour gagner un peu de l’argent. Excepté sa bourse, il n’a pas de revenus. Néanmoins, pour postuler à l’appel d’offre reçu, il lui faut au préalable un numéro d’identification fiscal.

Il est impossible d’en avoir sans avoir créé une entreprise. Or, l’enregistrement de celle-ci nécessite le paiement de 40.000 Fbu. Simple étudiant qui n’attend que sa bourse de 30.000 Fbu à la fin du mois, Tony a du mal à avoir cette somme.

Quand il faut se débrouiller

Tony a déjà une idée de la confection des calendriers. Il compte emprunter un ordinateur auprès d’un ami. Il a déjà un brouillon presque fini sur une clé USB. Toutefois pour être éligible à l’appel d’offre,  il doit avoir un NIF. Il ne lui reste qu’une journée pour déposer. En cherchant sur Internet les exigences pour la création d’une entreprise, il tombe sur une brochure de l’Agence de promotion de l’investissement au Burundi (API).  Celle-ci lui donne des pistes. https://bit.ly/2SMPP5y

Entre autres exigences, l’obtention de son propre NIF endéans 24h avec d’autres pièces à compléter, les frais, etc., la tâche semble impossible. Il abandonne l’idée de création de sa propre entreprise.

Pour pouvoir postuler,  il se rabat sur une association de jeunes ingénieurs en génie civil possédant déjà un NIF. Il postule avec leur numéro. A sa surprise, il gagne le marché.

Dans l’ombre jusqu’à quand?

Avec le NIF qui n’est pas le sien, Tony vient de gagner le marché grâce a son talent. Mais pour devenir autonome, il devra tôt ou tard créer son entreprise. Il n’est pas le seul à vouloir vivre de son talent de la sorte. Comme l’a soulevé un jeune intervenant dans la campagne Birashoboka du groupe Centre For Development and Entreprises Great Lakes, des doutes persistent quant à la possibilité de créer une entreprise en une journée. https://bit.ly/2WWjHM2

Il faut alors que les conditions pour créer une entreprise soient revues pour permettre l’enregistrement facile et en un temps record même pour les plus modestes comme ce jeune étudiant. Celui-ci et bien d’autres comptent continuer à profiter de leur talent.