CENTRE FOR DEVELOPMENT AND ENTERPRISES GREAT LAKES Economie,Général A quel prix les services financiers bancaires peuvent-ils profiter au grand public ?

A quel prix les services financiers bancaires peuvent-ils profiter au grand public ?



Des banques ne cessent d’initier des services financiers au Burundi. L’on notera à titre illustratif Ecotaxi et Ecobus  et M-cash  pour Bancobu. Le blogueur Patrick Nimpagaritse estime que ces services profitent particulièrement à un petit nombre de Burundais.  

Les services financiers initiés par les banques sont généralement salués par leurs usagers. Ceux-ci soutiennent que les transactions monétaires sont désormais rapides. Ils se font via des téléphones portables et font usages de la monnaie électronique. Inutile si l’on est usager de ces services d’avoir des liquidités sur soi  pour effectuer ses transactions. Le slogan cher à Ecocash le traduit bien : «telefone yawe, ingodo yawe» (votre téléphone votre porte-monnaie).

Cependant, leur inclusion reste problématique. Motif, le taux de pénétration bancaire au Burundi laisse à désirer, la pauvreté n’arrange pas  les choses. En 2012, seulement 3,7% de Burundais avait un compte en banque alors que 73,3 étaient exclus du système financier dans son ensemble.

La pauvreté, quand elle nous tient

A première vue, ces services sont à saluer. Je n’oserais pas dire le contraire. Le hic, c’est que jusqu’à présent, ces services bancaires profitent  plus aux citadins qu’au reste du pays, étant donné que le milieu rural reste des moins servis en termes d’infrastructure bancaires.

Résultat, peu de Burundais ruraux possèdent un compte bancaire ou tout simplement ne sont même pas informés du bien-fondé d’en avoir un.

Pas  mal de provinciaux n’ont pas de revenu fixe. Les petits boulots qu’ils effectuent ne leur permettent pas d’épargner. Tout ce qu’il gagne est dépensé presque le même jour. Même pour les citadins, le taux d’épargne reste minime.

A côté de cette quasi-absence des infrastructures bancaires en milieu rural,  il faut souligner aussi que le caractère informel de l’économie burundaise ne favorise pas la vulgarisation de  ces services bancaires. Car, tout comme les provinciaux, nombreux  sont aussi les citadins qui vivent du secteur informel et qui ne possèdent pas obligatoirement de compte bancaire. Ajoutons à cela le produit intérieur brut par habitant (PIB) au Burundi qui reste des plus faibles de la région (377 dollars en 2018). Tout cela n’arrange pas la situation de pauvreté dans laquelle croupissent pas  mal de Burundais.

Endiguer la pauvreté d’abord, le reste suivra

Ces initiatives bancaires sont  certes à saluer mais, tant que la pauvreté  reste maître chez la majorité des burundais, difficile pour ces services de se répandre au grand public. Ce n’est pas sorcier. Face à ce constat amer, la première solution possible, c’est l’endiguement de la pauvreté. Ainsi, il appartient à l’Etat de prendre ses responsabilités, de prendre le problème à bras le corps. C’est à lui de prendre le devant en mettant en place des politiques publiques adéquates  pour élever le niveau de vie des Burundais. Le reste ne pourra que suivre. Et ces services bancaires pourront profiter à pas mal de burundais.