CENTRE FOR DEVELOPMENT AND ENTERPRISES GREAT LAKES Economie Le taux de change du Fbu reste en chute libre

Le taux de change du Fbu reste en chute libre



Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, il s’observe une baisse continuelle du taux de change  du Fbu au cours de ces  quatre derniers mois. Cette diminution s’explique par la faiblesse de l’activité économique. Parfait Gahama fait une analyse.

Le taux de change du Fbu diminue du jour au jour. Aujourd’hui, un dollar américain s’échange sur le marché de change parallèle à 2.330 Fbu contre 2.950 Fbu au début de l’année. Cet écart s’observe également pour l’Euro. Il s’échange à 2730 Fbu contre 3.340 Fbu, à la fin de l’année dernière.

Toutefois, le taux de change officiel n’a cessé d’augmenter au cours de cette période. Un dollar américain se vend à 1 790,49 02 Fbu contre 1 781, 025 à la fin de l’année dernière. L’Euro s’obtient à 2 208,12 21 Fbu contre 2 147, 1148 au début de l’année.

A mon avis, je pense que la baisse du taux de change sur le marché parallèle résulte d’une faible demande des devises. Comme beaucoup de gens pensent qu’il s’agit d’une amélioration de l’économie burundaise, cette situation révèle au contraire la faiblesse de l’activité économique du pays. Or, la faiblesse de l’activité économique aboutit à la baisse des exportations, et donc à celle des entrées en devises qui sont des contreparties de la masse monétaire.

Cela entraine l’augmentation du taux de change officiel et  baisse la valeur de la monnaie nationale. Et par conséquent, renchérit les importations. Ces dernières baissent en volume. Ce qui entraîne la diminution de la demande des devises pour importer. Par ricochet, la  baisse de la valeur des devises, non pas parce que le Fbu a gagné de la valeur, elle continue de la perdre, mais plutôt du fait que les devises sont peu demandées.

Pas d’intérêt d’avoir une monnaie faible

J’estime que la faiblesse de l’activité économique s’explique par quatre facteurs essentiels et elle est liée à la dépréciation de la monnaie nationale. D’une part, la confiance dont jouit le pays. Lorsqu’un Etat accumule des dettes exorbitantes, connaît une instabilité politique récurrente, son économie ne tourne pas à plein régime. En conséquence, il ne bénéficie pas de la confiance internationale et/ou nationale. Sa monnaie est moins demandée et perd sa valeur.

D’autre part, les problèmes économiques et/ou politiques récurrents auxquels le Burundi est confronté incitent les opérateurs économiques burundais à dissimuler massivement leur argent à l’étranger. Ce qui fait baisser davantage la valeur de la monnaie locale, en même temps que la confiance  du pays.

L’inflation est autre facteur qui accélère la dépréciation du Fbu. Lorsque le niveau général des prix augmente plus vite dans le pays que dans le reste du monde, cela fait perdre la valeur de la monnaie nationale. Dans ce cas, le pays s’accroche à une parité artificielle de leur monnaie  par rapport au dollar américain, mais il voit sur le marché parallèle s’échanger contre ce même dollar à un taux supérieur à celui fixé par les autorités monétaires.  Bref, en cas d’inflation, avec une même quantité d’argent, on achète moins de biens et services.

A cela,  s’ajouterait le recours excessif de l’Etat aux avances de la Banque centrale qui a pour effet de diluer la valeur du Fbu. Mais,comme le Burundi étant un pays importateur net, avec des exportations très limitées, il n’a aucun intérêt à avoir une monnaie faible. Son impact direct est la hausse des prix des produits importés et la baisse des recettes des exportations.

La différence entre le taux officiel et celui  du marché parallèle est dû en partie au fait que les fondamentaux économiques ne permettent pas la stabilité de la monnaie burundaise. La  baisse de la valeur du Fbu  entraine  la hausse des prix des produits importés, mais n’a aucun effet sur les exportations. Le Burundi étant un pays « Price taker” c’est-à-dire sans aucune influence sur les prix au niveau du marché international.

En plus, le Burundi n’aurait pas de capacités suffisantes d’augmenter les quantités à exporter même si la demande mondiale des produits qu’il exporte venait à augmenter. Plutôt, la valeur de ses importations augmente, celle de ses exportations baisses, ce qui déprécie davantage le Fbu.La conséquence est plutôt la tendance à la baisse des importations sauf que le Burundi en dépend fortement en raison de la faiblesse de la production intérieure.

Faible impact

Aujourd’hui, on ne peut pas parler d’une appréciation du Fbu. L’appréciation d’une monnaie implique l’augmentation du pouvoir d’achat des personnes qu’ils l’utilisent. Et par conséquent,  la baisse des prix des marchandises importées. Ce qui n’est pas le cas. Sur le marché des biens et services, l’ «appréciation» du Fbu ne se remarque pas. Les prix des produits n’ont pas diminué.

Surtout ceux des denrées alimentaires et des médicaments. Cela s’explique par l’instabilité du Fbu par rapport au dollar américain. Une moindre variation du taux de change à la hausse entraîne directement l’augmentation des prix. Ce qui n’est pas le cas en situation de baisse de taux de change.

Face à cette situation, le gouvernement devrait mettre en place une politique de relance de l’activité économique. Les autorités monétaires quand elles  sont interpellées à mettre en place une politique monétaire visant la stabilisation du taux de change. Sinon, le taux de change sera grimpé dans un laps de temps et fera de lourdes conséquences.