CENTRE FOR DEVELOPMENT AND ENTERPRISES GREAT LAKES CEPGL La RDC n’est pas prête pour le libre-échange

La RDC n’est pas prête pour le libre-échange



Le blogueur Eugène Niyonkuru a fraîchement effectué un voyage dans la ville d’Uvira. C’est dans la province du Sud-Kivu situé à l’Est de la RDC. Il partage dans les lignes suivantes sa mésaventure sur le poste frontière de Kavinvira.    

Mardi 20 mars. Je gagne la République démocratique du Congo pour la première fois par le poste frontière de Gatumba. Je suis en compagnie de trois condisciples étudiants.

Nous participons à une rencontre estudiantine sur la vulgarisation des idées classiques libérales. Ces dernières sont entre autres le marché libre, la libre circulation, le libre-échange et l’Etat de droit. Les amis et moi sommes convaincus que ce pays en a besoin. Je m’en rendrai compte davantage au poste de Kavinvira.

Je fais tamponner mon passeport côté burundais sans entraves. Ce ne sera pas pareil au niveau du service des migrations de l’autre côté de la frontière. J’ai l’impression que le pays de Lumumba ne serait pas régi par une même législation selon que l’on va d’un poste frontière à une autre. J’ai déjà été plusieurs fois dans les villes de Bukavu et de Goma.

A ma grande surprise, tout nouveau passeport dont le possesseur passe pour la première fois par ce poste doit payer 5 mille Fbu. Je n’en crois pas mes yeux. En échange, aucune pièce justificative n’est délivrée. Je n’ai pas de choix. Je m’en acquitte car à défaut, je sais que je ne vais pas franchir.

Après que l’agent du service des migrations a tamponné, je me dis que tout est en ordre pour que je puisse continuer mon voyage. Il y a un homme assis tout près de la porte d’entrée. Celui-ci exige de la carte de vaccin contre la fièvre jaune. C’est que je trouve jusque-là normal.

Néanmoins, c’est une astuce des agents affectés à ce poste de Kavinvira pour se faire de l’argent. Le passant qui a la carte continue la route sans problème. Mais, quand tu n’en a pas, il faut au  moins un billet de 2 mille Fbu pour se tirer de l’affaire. En contrepartie, aucun papier administratif.

Un vol organisé

L’homme à qui l’on donne l’argent ne porte pas d’uniforme. Aucune indication ne montre qu’il est au service de l’Etat. D’ailleurs, si tu n’as pas la carte, il ne te dira pas combien tu dois payer. Tu lui donnes secrètement, de main à main, l’argent dont tu as besoin. Mais pas 100 Fbu, 500 Fbu, etc.

Le billet de 2 mille serait une convention tacite. Il collecte l’argent dans une besace qu’il garde entre ses mains. Une fois dans la ville d’Uvira, j’apprendrai que les agents du poste se partagent la moisson chaque jour.

Aucun ne dénonce ces cas de vol. Pourtant, ils se font au vu et au su de tout le monde. Comme s’il s’agissait des redevances administratives, ils ne sont pas visiblement inquiétés. Bizarrement, les gens s’en sont habitués.

Les autorités de la RDC doivent mettre l’ordre dans le pays dont elles sont chargées. Sinon, à quoi sert l’Etat quand les gens inventent des «amendes» de leur gré ?

44 pays africains dont la RDC ont récemment signé le traité sur la zone de libre-échange continental. Un tel projet requiert la transparence dans le trafic. En outre, il suppose notamment l’harmonisation des droits et devoirs sur les postes frontières. Ces derniers doivent être scrupuleusement respectés.

Il est temps, s’il n’est pas tard, que la RDC soit gérée comme un Etat moderne.